jeudi 30 mai 2019

Un Petit Tour...

un petit tour, blog de voyage, tour du monde



Salut à toi visiteur!

Voici la page du Petit Tour, voyage autour du monde de deux petits terriens débuté le premier octobre 2013 et achevé le 30 mai 2018.


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illustration : Paul Ambrosino

dimanche 14 octobre 2018

Incursion en Patagonie argentine, le parc national Los Glaciares : un peu de préhistoire à la Cueva de las Manos, superbe rando à El Chalten, et l'impressionnant glacier Perito Moreno


Du 2 au 8 septembre 2017.

Hola tout le monde !

Aujourd'hui, nous vous emmenons rapidement dans le vingtième pays où nous ont conduit nos pas durant ce petit tour, l'Argentine. Je dis rapidement parce que nous n'y avons passé qu'une petite semaine bien trop courte.

Et avec ce que nous avons pris dans les yeux au cours de ces quelques jours, nous avons du déployer des efforts conséquents pour ne pas nous écarter de notre route et vadrouiller un peu plus un pays dans lequel nous devions de toute façon passer mais dont nous avions décider de remettre la découverte approfondie à un prochain voyage éventuel pour nous concentrer sur le Chili.

Et oui, pour rejoindre le sud du Chili, Puerto Natales et le parc du Torres, passage quasi obligé par l'Argentine ! Il y a plusieurs postes frontières permettant de transiter entre les deux pays, et il est même possible, depuis certains endroits au Chili, de prendre un bus direct pour Puerto Natales en traversant sans s'arrêter l'Argentine, ce qui évite quelques formalités douanières.

De notre côté, si nous nous sommes résolus à mettre l'Argentine de côté pour le moment, nous avons estimé qu'il serait quand même criminel de passer à côté des merveilles qui jalonnent la route en direction du sud du Chili, merveilles qui font partie de celles dont nous parlions déjà durant la préparation de notre voyage en 2013. Etant donné que notre chemin les croise de toute façon et que le temps ne nous est pas compté, autant en profiter!

Ce n'est donc pas toute l'Argentine que nous zappons, même si notre petite semaine dans le pays ne nous a permis de voir qu'une fraction de ce qu'il a proposer.

Et quelle fraction! Toujours en compagnie de Rob, MJ et de leur deux enfants, nous avons traversé la sierra désertique de la Cordillère des Andes pour explorer un canyon et ses peintures rupestres. Nos route se sont ensuite séparées en arrivant à El Chalten, aux portes du parc national Los Glaciares, dans lequel nous avons vécu deux jours jours de trek visuellement extraordinaires, avant de descendre à El Calafate pour nous rendre au célèbre, scandaleusement cher mais incroyable glacier Perito Moreno.

Des destinations mythiques perchées dans l'une des plus célèbre chaîne de montagnes au monde, pour une semaine dont nous sommes sortis avec des étoiles plein les yeux mais également avec la petite frustration de ne pas nous attarder plus longtemps dans le coin.


Dans le désert


Nous sommes à quelques dizaines de kilomètres de la frontière, au beau milieu des fantastiques étendues des hauts plateaux de la Cordillère des Andes. Après une nuit tranquille en pleine nature, nous replions la tente et partons avec notre petite famille providentielle pour rejoindre l'Argentine.

La route en terre que nous suivons traverse encore et toujours des paysages sublimes, plaines arides de broussailles entourées de montagnes aux versants noirs et gris mouchetés de plaques de neige.

Nous arrivons au poste frontière chilien, ensemble de quelques bâtiments paumés entre deux chaines de montagnes, en milieu de matinée. La sortie du territoire est rapide, du moins en théorie : si la famille règle les formalités en quelques minutes, de notre côté les choses prennent plus de temps... Alors à noter pour la prochaine fois, se souvenir de bien garder le petit ticket à code-barres qu'on vous donne à la douane lorsque vous arrivez au Chili, il est obligatoire de le présenter pour sortir du pays ! Forcément, on ne nous dit rien à nous...

Heureusement, les douaniers sont plutôt sympas, ils se contentent de nous regarder avec une gentille réprobation quand nous leur annonçons d'une voix repentante que nous ignorions qu'il fallait conserver le ticket d'entrée, avant de passer deux trois coups de fil et de nous donner notre tampon de sortie, en nous rappelant qu'à l'avenir, nous devrons essayer d'être moins tête en l'air. Promis m'sieur!

Nous nous remettons en route pour arriver quelques minutes plus tard du côté argentin. Le poste frontière est perdu au milieu des plaines, et il n'y a personne, et nous obtenons nos tampons d'entrée en quelques minutes. Comme pour le Chili, la procédure est gratuite, et aucun visa n'est nécessaire pour les ressortissants français dans le cadre d'un séjour touristique de moins de trois mois. Nous voilà en Argentine ! Prochaine étape : la Cueva de Las Manos, en français la Grotte des Mains. Souvenez-vous, nous avions repéré ce site de peintures rupestres à Puerto Rio Tranquilo, tandis que nous cherchions un moyen de fragmenter la longue route qui nous attendait pour rejoindre El Chalten.

La piste en terre serpente en descendant tranquillement de l'autre côté de la Cordillère, dans un décors toujours incroyable, et nous effectuons plusieurs arrêts pour profiter des alentours.



Bientôt, les montagnes disparaissent, le relief aussi, et nous arrivons dans le désert. Le décors devient prodigieusement répétitif et sans intérêt, une fois passée la découverte : à perte de vue, une plaine aride et parfaitement plate couverte de touffes d'herbe et de buissons calcinés par le soleil.

En revanche, côté bestioles, c'est la fête : nous croisons toujours de nombreux troupeaux de guanacos bien sûr, mais d'autres et nouvelles surprises nous attendent. Nous rencontrons d'abord un, puis deux tatous qui marchent au bord de la route, avant de tomber sur des espèces de petites autruches qui détalent à toute vitesse quand nous approchons. Renseignements pris, il s'agit de nandous d'Amérique, les plus grands oiseaux du continent. Nous en rencontrerons plusieurs au cours de la journée, dont une maman avec sa tripoté de petits qui cavalent derrière elle. Nous croisons aussi plusieurs plusieurs renards couleur sable, les fameux renards des Andes, ainsi qu'un petit chat sauvage que nous aurions bien ramené à la maison !

Nous sommes à peu près aussi surexcités que les enfants devant ce foisonnement de vie sauvage ! Et en même temps, alors que nous ne sommes dans le pays que depuis quelques heures, toutes ces bestioles nous donne déjà tellement envie de parcourir tout le pays pour en découvrir plus... Le voyage est parfois frustrant, il y a trop de choses à voir sur cette planète !

Mais comme je le disais, si l'on met de côté les animaux, la journée est longue et fatiguante. Le paysage est morne, et la route en terre s'éternise, couverte de nids de poule, de pierres et de tôle ondulée. Nous en venons à attendre impatiemment le retour du goudron ! Le trajet nous épuise, mais que dire de ce pauvre Rob qui en plus doit conduire des heures durant sur ce bazar ? Cher Rob, si tu nous lis, nous te remercions encore du fond du cœur de nous avoir conduit si loin ! 

Finalement, en fin d'après-midi, nous retrouvons avec de nombreux soupirs de soulagement une route asphaltée. A cause de la piètre qualité de la route aujourd'hui, nous n'avons parcouru qu'une centaine de kilomètres depuis ce matin! Nous voilà sur la ruta 40, à un peu plus de 100 bornes au sud de la petite ville de Perito Moreno. Tout le monde est éreinté, il est un peu tard pour nous rendre à la Grotte des Mains, nos compagnons de route doivent recharger leurs réserves en eau, et nous manquons de provisions. La visite des grottes est reportée au lendemain, et nous mettons le cap sur la ville pour nous ravitailler.

Rien de spécial à dire sur le bled, petite ville au milieu du désert, dans laquelle nous retirons nos premier pesos argentins et trouvons station service et supermarché pour faire nos courses avant de repartir. Je précise rapidement qu'à l'heure où se déroule ce récit, un euro vaut approximativement 20 pesos argentins.

Nous nous dirigeons vers la Cueva de las Manos histoire d'être sur place tôt demain matin. Nous quittons de nouveau la route, nous renfonçant dans la cambrousse sur une route en terre tandis que le soleil descend. Après une dernière petite heure de route, nous découvrons un superbe endroit camping sauvage, de nouveau perdu loin de tout en pleine cambrousse. Les rayons rasants du soleil font s'étirer les ombres des rochers et des buissons, et les alentours baignent dans la lueur orangée du couchant.



Décidément, ça a du bon d'être véhiculé ! Ne serait-ce que pour pouvoir aller se perdre chaque soir dans des endroits de rêve au milieu de nulle part. 

Comme la veille, chacun s'installe, et nous posons la tente dans la poussière au milieu des crottes de guanacos...

Après le dîner, lorsque le soleil disparaît à l'horizon, la température chute d'un coup et la caillante s'installe rapidement. Rob allume un petit feu et nous passons la soirée autour, à discuter et à jouer, seuls au milieu de notre désert...

  

En nous couchant, nous nous disons que nous avons bien de la chance de vivre tout ça !

Le lendemain, je me réveil assez tôt, passe le nez dehors pour dire bonjour au désert, et vois au loin une dizaine de guanacos qui relèvent la tête de leur petit déjeuner pour voir ce que c'est que cette drôle de tête rose qui sort d'une tente ! J'attrape l'appareil et décide d'aller les embêter un peu. Du coup, ils s'avèrent peu farouches, je reste quand même à distance raisonnable pour ne pas trop les déranger non plus, et au bout d'un moment les bestioles ne font plus attention à moi et vaquent à leurs occupations de guanacos.



C'est pas tous les jours qu'on commence la journée comme ça !

Tout le monde émerge, et bientôt nous voilà repartis sur la route en terre à travers les steppes patagoniennes en direction des grottes.


La Cueva de las Manos


La Cueva de las Manos est un site archéologique classé au patrimoine mondial de l'humanité depuis 1999, situé dans la région de Santa Cruz en Argentine, à 116 kilomètre au sud de la ville de Perito Moreno (à ne pas confondre avec le glacier du même nom que nous allons visiter sous peu !).

Les grottes en elles-même consistent en une série d'alcôves qui s'ouvrent à flanc de falaise et qui sont couvertes de peintures rupestres dont l'âge s'étale de 13000 à 5000/6000 ans, représentant pour la plupart des mains, mais aussi des animaux, leurs traces de pas, ainsi que, dans les plus récentes parties du site, des motifs abstraits artistiquement plus élaborés. Ces peintures comptent parmi les plus anciennes formes d'art d'Amérique du sud.

De plus, les falaises forment les parois du Canyon Pinturas, au fond duquel coule la rivière du même nom, une réserve d'intérêt écologique.

L'entrée du site coûte 100 pesos argentins par personne (soit environ 5 euros), et la visite se fait obligatoirement accompagnée d'un guide.

Nous arrivons tôt sur place et il n'y a pas foule, seulement un ou deux de ces camions réaménagés en véhicules de tourisme tout-terrain que nous avions déjà rencontré au Chili, et qui proposent des tours en groupes de plusieurs semaines.

Au l'entrée, un petit cadeau nous attend : Léonore donne 200 pesos au guichetier, qui lui rend la moitié de la somme avec un sourire en disant qu'il y avait trop, le tout accompagné d'un clin d'oeil ! Sympa.

Nous attendons un moment le début de la visite, nous équipons de casques, puis suivons le guide sur un sentier qui longe le flanc de la falaise. Et avant même le début de la visite, avant l'apparition de la moindre peinture, nous nous retrouvons déjà scotché devant le grandiose Canyon Las Pinturas sur lequel le sentier nous offre une vue imprenable. 



Un somptueux archétype de canyon du désert !

Et nous découvrons les peintures. Nous passons des représentations de mains en couleurs pleines et en négatif, des reproductions de trace de nandou, des scènes de chasse au guanaco, et même des symboles abstraits et des formes stylisées pour les plus récentes. Les couleurs étaient obtenues en broyant divers minéraux, et le résultat est fantastique, mais c'est surtout l'état de conservation des peintures qui est incroyable : les détails et les contours sont intacts, les couleurs sont encore vives et belles... On a du mal à se convaincre que les plus vieilles peintures sont âgées de 13000 ans !



Plusieurs hypothèses ont été formulée quand à l'origine et l'utilité du site. La plus avérée explique que le fait de venir peindre l'emprunte de sa main parmi les autres aurait constitué une sorte de rituel initiatique permettant aux jeunes d'affirmer leur acceptation des règles sociales et leur appartenance au groupe.

Et à gauche, nous avons toujours la vue sur le canyon, tandis que quelques condors nous survolent... Bref, un site fascinant dans un écrin magnifique ! Finalement, nous nous apercevons que depuis la Thaïlande, nous n'avons plus eu l'occasion de nous plonger dans l'Histoire mise à part celle des maoris en Nouvelle Zélande, qui de plus n'est pas si vieille que ça, et çela fait très plaisir de prendre une si belle rasade de préhistoire après tout ce temps.


En route pour Los Glaciares


Nous quittons les lieux en fin de matinée, pour rejoindre la route 40 après quelques bornes de route en terre poussiéreuse et continuer à descendre vers le sud. Il nous reste plus de 500 kilomètres à parcourir avant d'arriver à El Chalten, et nous roulons plusieurs heures sur une route totalement droite qui se déroule jusqu'à l'horizon, au milieu du désert argentin, toujours aussi morne et ennuyeux qu'hier si l'on met de côté les quelques apparitions de bestioles qu'il nous offre heureusement souvent.



Désolé pour la piètre qualité de la dernière photo, c'est que ça court vite un nandou !

Nous avons beaucoup roulé depuis que nous avons quitté Puerto Rio Tranquilo, et tout le monde est bien fatigué, en particulier les deux ptios qui saturent complètement après toutes ces heures passées enfermés dans le van. On les comprend ! Rob et MJ décident de s'arrêter tôt, dans la petite ville de Gobernador Gregores, où se trouve un camping municipal. Le coin est payant, mais en contrepartie il est équipé, et nous aurons tous l'occasion de nous doucher et de faire un peu de lessive, ce qui n'est pas un luxe après trois jours de vadrouille dans la poussière du désert et des nuits de camping sauvage dans la brousse !

A 14h, nous quittons la route 40 et arrivons au camping, un vaste plan d'herbe verte posé au beau milieu de la ville qui nous change agréablement de la broussaille desséchée et de l'aridité du désert. Nous sommes tous ravis de nous poser, et nous grignotons un morceau sur les tables de pique-nique du coin avant de plonger sous la douche. Je ne vous raconte pas la couleur de l'eau...

Nous sommes installés, la tente est montée et le van est garé, pourtant nous n'avons encore vu personne pour nous accueillir ou nous faire payer ! Il y a bien un homme qui arrive à la réception dans l'après-midi, mais quand nous allons le voir il nous explique qu'il n'est que le gardien, et qu'une personne chargée de récupérer les règlements passera demain matin.

Nous finissons la journée en récurant nos vêtements couverts de poussière, en bouquinant et en descendant quelques thés. Après la plâtrée de pâtes quotidienne, nous nous couchons, ravis d'avoir pu profiter d'un aprèm de repos, même si le camping municipal ne vaut pas les grandioses étendues de steppes déserte dans lesquelles nous avons passé les deux nuits précédentes!

Au matin, nous nous apercevons que les pâtes d'hier ont épuisé ce qui nous restait de gaz. Nous en trouverons à coup sûr à El Chalten, mais comment préparer le sacro-saint café du matin? Coup de bol, il y a des barbecues sur le camping, et nous ratissons les haies et le dessous des arbres du coin, parvenant à rassembler suffisamment de bois pour allumer un feu minuscule qui nous permet tout juste de chauffer notre eau. Non parce que le café du matin, c'est quand même indispensable!

Nous décollons tôt : près de 300 bornes nous séparent d'El Chalten, et Rob espère arriver cet après-midi. La municipalité de Gobernador Gregores a visiblement décidé de nous faire cadeau de la nuit, car lorsque nous décollons, personne n'est venu nous faire payer !

Nous nous retrouvons, au grand désespoir de tous, sur une nouvelle route en terre cahoteuse et bien fatigante, mais tandis que nous nous approchons de la route 40, le paysage qui se dévoile au loin nous fait oublier les quelques heures de nids de poule et de bringuebalement...



Nous admirons pour la première fois les grandioses montagnes du parc national Los Glaciares ! Les hauts reliefs de la Cordillère sont d'autant plus fantastiques à retrouver que nous venons de passer trois jours au milieu d'un désert complètement plat...

Vers midi, nous rejoignons la ruta 40, pour prendre la bifurcation avec la route qui mène à El Chalten en longeant l'immense lac Viedma, et... Nous nous arrêtons. Devant nous, au milieu des sommets et des arrêtes enneigées de leurs chaînes respectives, viennent de se dévoiler les deux montagnes les plus célèbres du coin : le Cerro Torre, grande flèche qui jaillit de nul part, et le légendaire Cerro Fitz Roy, énorme monolithe de granit qui disparaît dans les nuages. Grandiose !



Nous nous posons directement au bord de la route pour pique-niquer et profiter de la vue surréaliste que nous avons sous les yeux. Pour Rob, c'est un rêve qui va s'accomplir : alpiniste, il est venu ici afin de gravir l'un des pics qui jouxtent le Fitz Roy. De notre côté, voilà plus de 4 ans que nous attendons d'enfin pouvoir aller randonner au pied de ces grandioses montagnes. Et aujourd'hui, nous y sommes !

Nous reprenons la route, et débarquons bientôt à El Chalten. Le petit village, niché au pied des immenses chaînes de montagnes, ne présente pas grand intérêt hormis son cadre sensationnel, mais n'est pas moche non plus.



Notre petite famille nous dépose dans le centre, et l'heure des séparations arrive. Nous serrons tout le monde dans nos bras. Les quelques jours que nous aurons partagés avec Rob, MJ, Liam et Avery aurons été plein de rires, de discussions intéressantes et d'enrichissement. En entreprenant un aussi long voyage en van avec leurs deux ptios plutôt jeunes, cette famille canadienne montre une fois de plus que la vadrouille de plusieurs mois à la mode baroudeur s'envisage et se réalise parfaitement même avec des enfants. Etant donné que nous comptons bien nous aussi avoir des petits un de ces jours, et que nous voulons évidemment continuer à voyager après notre Petit Tour, nous avons été ravis d'avoir l'opportunité de vivre avec une famille en voyage, et de voir comment une virée de grande envergure avec des enfants s'organise et se gère au quotidien. Nous espérons bien les recroiser un jours !

Nos amis se mettent en route pour l'hôtel qu'ils ont réservé, tandis que nous partons en quête d'un camping. Comme je le disais, El Chalten est un haut lieu du trek en Argentine et en Amérique du sud, et nous sommes venu ici pour user nos semelles sur les nombreux sentiers qui sillonnent cette partie du parc. Nous partirons marcher demain, pour l'heure, nous voulons trouver de quoi nous poser, et fouiner un peu pour trouver carte, idée de balade de plusieurs jours, etc...

Nous avons tôt fait de nous faire aiguiller jusqu'à une rue assez touristique. Il faut savoir que l'activité d'El Chalten tourne presque uniquement autour du tourisme et des activités de montagne (rando, escalade etc...), et possède une ambiance de station de montagne, avec hôtels et restaurants façon chalets en bois, magasin d'équipement de montagne et agences de trekking. Et encore une fois, l'ensemble ne manque finalement pas de charme, il y a moins de monde que ce que nous craignions, et le coin est plutôt calme.

Nous trouvons un premier camping dont la jeune clientèle somnole sur l'herbe devant quelques cabines en bois, mais aucune trace de responsable... Dommage pour eux, ils ratent des clients ! Nous poursuivons, pour découvrir un panneau indiquant un autre camping, El Refugio. Au bout d'un petit chemin de terre, nous tombons sur quelques caravanes décrépites dont les occupants nous expliquent que le patron est à la terrasse d'un bar non loin. Sur place, nous trouvons le bonhomme qui nous ramène sur le camping, au milieu d'une jolie prairie herbeuse. L'emplacement de tente coûte 100 pesos par personne, environ 10 euros pour nous deux tout de même... Et oui, comme le Chili, l'Argentine est un pays plutôt cher ! Nous décidons de poser le camp ici, et montons la tente avant de partir faire un tour dans le village afin de nous préparer un petit trek pour demain.

Nous nous baladons un peu dans le petit village de montagne, trouvons des bouteilles de gaz, repérons un peu le centre, et finalement retournons à l'entrée du bled, près du terminal de bus, pour faire un tour au point info et nous rencarder sur les itinéraires de rando.

Nous avions entendu que les classiques du coin s'effectuaient très facilement en autonomie et que tous les chemins étaient bien balisés, mais depuis le Cerro Castillo nous sommes devenus plutôt méfiants de ce genre d'info... Heureusement, il n'y avait pas lieu de s'inquiéter : on nous fournit une carte bien détaillée avec les différents itinéraires, leur longueur, les dénivelés, des estimations de temps de parcours, bref tout ce qu'il faut pour partir tranquille ! L'entrée du parc est gratuite, tout comme les campings qui jalonnent les sentiers, et nous apprenons qu'effectivement, les itinéraires de base sont bien balisés et se parcourent très facilement, et qu'il est parfaitement possible de se faire son petit trek perso en mixant les différents tracés. Et comble de l'arrangement, il n'est pas nécessaire de faire des kilomètres dans la brousse pour rejoindre les sentiers : il s'ouvrent à une dizaine de minutes de marche du centre-ville !

A noter qu'il existe de nombreux itinéraires plus reculés et difficiles d'accès, mais de notre côté, après l'intensité inattendue de notre dernière escapade en montagne, nous décidons de rester sur du basique et de nous préparer une sortie tranquille, qui dans tous les cas promet de nous en mettre plein les yeux !

L'après-midi n'est pas terminé, et nous avons le temps de nous faire l'une des petites marches qui grimpent dans les hauteurs proches de la ville pour nous dégourdir les pattes. Nous embarquons la carte, et rejoignons l'entrée d'un court sentier d'un petit kilomètre qui s'ouvre de l'autre côté du pont marquant l'entrée d'El Chalten et qui mène en une quarantaine de minutes au Mirador de los Condores.

Le sentier louvoie parmi les buissons en direction de petites collines, sur fond de ciel bleu et de sublime Fitz Roy et de montagnes qu'on se dit qu'on y sera demain et que c'est trop cool.



Nous bifurquons ensuite pour grimper un petit moment à flanc de colline avant de suivre des versants en pente douce couverts de broussailles et de buissons en n'arrêtant pas de nous retourner pour admirer le formidable panorama qui s'étale derrière nous.



Après une petite trentaines de minutes, nous nous perchons sur le mirador pour profiter du vent frais des montagnes et nous repaître d'une vue sublime à 360 degrés. En revanche, de condors nous ne verrons point. Peuvent pas s'empêcher de se plaindre ces ptis...



Cet endroit est décidément grandiose... Et dire que nous ne sommes même pas encore dans le parc !

En fin d'après-midi, nous voilà redescendu et de retour en ville pour passer jeter un oeil à la station de bus. Après El Chalten, notre prochaine destination est la ville d'El Calafate, à partir de laquelle nous rejoindrons le célèbre glacier Perito Moreno. El Calafate se trouve à un peu plus de 200 kilomètres de route au sud d'El Chalten, et nous comptons bien parcourir cette distance en pouce, mais nous préférons assurer nos arrières si le stop se révèle compliqué. Le combo El Chalten/El Calafate est un grand classique des voyages dans le coin, et même des voyages en Argentine et en Amérique du sud : les deux villes sont proches et permettent d'accéder à ce qui fait partie des plus belles merveilles naturelles du pays. Et bien sûr, il y en a qui profite de la manne ! Nous savons ainsi que les bus reliant les deux villes sont incroyablement chers, et nous constatons au terminal que l'expression n'est pas exagérée : Pour 200 bornes et 3h de route, les compagnies font raquer 600 pesos ! Les gars ont complètement craqué... 30 euros pour seulement quelques heures de bus ! Espérons que l'auto-stop soit clément.

Nous passons au supermarché du coin pour embarquer trois jours de provisions en vue de notre virée dans le parc avant de retourner nous poser au camping pour élaborer un petit plan de marche.



Nous allons donc suivre des sentiers assez classiques et simples qui mènent aux points les plus fameux du coin : un premier tracé au départ du village grimpe en 9 kilomètres à la Laguna Torre, au pied de la célèbre montagne du même nom. Nous le suivrons avant de rebrousser chemin sur quelques bornes pour rejoindre une jonction avec un autre sentier relativement plat de 8 kilomètres qui longe deux lacs, la Laguna Hija et la Laguna Madre (en français, la fille et la mère). Ce tracé est connecté au sentier le plus connu de la zone, qui conduit d'El Chalten au mirador situé au pied du cerro Fitz Roy, au bord de la Laguna Torre. Nous camperons à la jonction, pour grimper au mirador le lendemain avant de rentrer à El Chalten par ce troisième itinéraire d'une dizaine de kilomètres.

Un programme facile, qui s'annonce visuellement fantastique, mais qui risque en conséquence de nous voir passer par des coins très fréquentés. Nous verrons ce qu'il en est.

Et puis nous sommes au milieu de notre prairie, entourés de montagnes, la vie est belle, le soleil brille... Nous choppons une petite mousse à la supérette du coin et nous posons à côté de la guitoune, profitant de la vue, de la tranquillité et du glouglou de la rivière qui coule juste en dessous du camping.

Nous discutons longuement des dernières semaines : un nouveau continent (et un compte en banque bien rempli ! Il faut avouer que ça joue), notre périple hasardeux et tranquille sur Chiloé, la découverte de la Patagonie chilienne, notre épique et grandiose randonnée dans le Cerro Castillo, les rencontres que nous avons fait en chemin, en particulier avec Rob, MJ et leurs enfants, qui nous ont permis de voyager trois jours durant avec eux en partageant de beaux instants à travers de sublimes étendues. Et voilà que nous découvrons avec El Chalten un endroit magnifique, encore différent de ce que nous avons pu découvrir avant ! La préparation de notre balade dans le parc de Los Glaciares n'a pris que quelques dizaine de minutes, et nous promet une virée facile sans prise de tête, sans avoir à nous soucier de l'orientation ou de la recherche d'un coin où dormir, ce qui nous fait plaisir à l'heure actuelle.

Tout ça mit bout à bout, en réfléchissant avec du recul, rend notre ressenti de la direction que prend notre voyage actuellement formidable : tout est complet, riche, varié, magnifique, dépourvu de contrainte ou du moindre problème. Nous nous disons que ça y'est, nous sommes de nouveau en plein dedans. Cette sensation d'âge d'or, ce point où nous n'avons plus rien d'autre à l'esprit que la volonté de savourer le voyage et ses événements tant ils sont parfaits et nous comblent, où nous sommes à fond dans la vadrouille et où ne serait-ce que l'idée de faire autre chose devient absurde, tant cet autre chose serait forcément moins bien. Voilà plus d'un an que nous sommes repartis sur les routes, et près de trois ans et demi que nous voyageons en cumulé si nous enlevons les quelques mois que nous avons passé en France l'année dernière, pourtant les quelques semaines formidables qui viennent de s'écouler nous ont complètement remis dans cet état d'esprit où la simple perspective d'un retour serait purement inenvisageable tant nous sommes biens. Même si, nous en convenons, nous avons plus envie qu'avant de nous faciliter la vie et de ne pas trop nous mettre en difficulté !

Yep, la vie est belle !

Nous passons la soirée à papoter et à nous émerveiller, à repenser à tout ce que nous avons vécu et à tout ce qui nous attend encore, à nous dire que les quelques 7 mois de vadrouille qui nous restent vont passer bien vite...

Nous nous couchons après un petit dîner de tomates et d’œufs et quelques discussions autour du coin feu du camping avec deux jeunes voyageurs argentins travaillant dans le village.


Une merveilleuse balade


Au matin, nous prenons le temps. Nous ne sommes vraiment pas pressés, étant donné que nous visons aujourd'hui le camping situé au pied du mirador du Cerro Fitz Roy et que nous n'avons donc qu'un peu plus de 20 kilomètres de marche plutôt facile à effectuer.

Nous passons voir le patron du camping pour lui laisser toutes nos affaires inutiles (cf la traversée du Cerro Castillo...) avant de boucler les sacs et de nous mettre en route vers les débuts de sentier. Si vous vous retrouver là-bas, sachez que toutes les entrées en question figurent clairement sur les cartes touristiques du coin et sont très facile à trouver.

Nous grimpons un peu à travers quelques ruelles (découvrant d'ailleurs que l'une d'entre elle a été baptisée du nom du célèbre alpiniste français Lionel Terray!) vers le nord-ouest du village et débarquons à l'entrée du parc.

Le parc national Los Glaciares, situé dans la région de Santa Cruz en Patagonie argentine et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981, couvre une superficie de 600000 ha, et doit son nom au fait que la moitié de sa surface est couverte de glaciers. Il inclut notamment une partie du gigantesque Campo de hielo patagonico sur, en français "champ de glace sud de Patagonie", une immense étendues glaciaire qui s'étale dans les hauteurs de la Cordillère. En plus des glaciers, le parc comprend une grande variété de milieux, de climats, et en conséquence de faune et de flore. Montagnes (le plus haut sommet du parc étant le Fitz Roy du haut de ses 3405 mètres), différents types de forêts andines, lacs, steppes etc... Parmi les plus impressionnantes bestioles, notons les pumas et bien sûr les condors des andes qui s'ébattent joyeusement en compagnie de guanacos, de renards et d'une foultitude d'espèces d'oiseaux.

Comme je le disais, le parc fait partie des sites que nous avions prévus de passer voir lors de la préparation même du voyage. Et nous voilà à sa porte ! Ca va encore passer vite tout ça...

Il est 9h passé lorsque nous attaquons. Il est temps de voir si le parc mérite sa réputation ! La balade commence bien : le temps est radieux, le chemin, plutôt plat et très bien tracé, traverse une belle plaine vallonnée.



Nous grimpons une pente douce pour nous retrouver au dessus de la vallée qui mène au pied du cerro Torre.



Effectivement, la marche est très facile, et en dehors de quelques gentilles et courtes grimpettes, nous sommes quasiment tout le temps sur terrain plat, parfois dégagé parfois en sous-bois. Rien de bien palpitant point de vue physique, mais le côté pépouze de la marche nous convient parfaitement ! Niveau fréquentation, c'est plutôt la bonne surprise : nous croisons seulement quelques marcheurs isolés, et un ou deux groupes de 4-5 personnes, mais globalement il n'y a vraiment pas foule et nous avons tout le loisir de savourer le calme ambiant. Et visuellement, les choses commencent à devenir franchement grandioses lorsque nous débouchons sur un plateau dégager pour apercevoir le cerro Torre et le Fitz Roy qui se dressent au loin.



Nous nous faisons survoler par un premier condor, tellement immense qu'il n'a même pas besoin de battre des ailes pour voler, se servant juste de son envergure pour se laisser planer dans les courants ascendants, avant de tomber sur un pic de magellan en train de tourner autour d'un arbre en le mitraillant de coups de bec.



Les paysages que nous traversons deviennent de plus en plus impressionnants au fur et à mesure de notre progression : les abords du chemin changent régulièrement, les montagnes se dressent de tout côté, et devant nous, la chaîne du Cerro Torre grandit encore et encore, éblouissante sous le soleil.



Nous arrivons bientôt en bordure d'une vaste plaine de broussaille couverte d'arbres morts aux troncs blanc, et le sentier la contourne en direction d'une forêt. Je vous remet un petit coup de point de vue, techniquement c'est le même mais avouez que ça envoie le pâté !



Le sentier s'enfonce dans la forêt qui nous cache pour un temps l'immense paysage, mais elle est belle, et nous lui pardonnons ! Une fois dans les bois, nous découvrons la jonction avec l'itinéraire pour les lagunas Madre et Hija que nous prendrons plus tard. Nous quittons le chemin pour nous enfoncer un peu entre les arbres et trouver un endroit où déposer nos gros sacs afin de rejoindre le pied du cerro Torre plus confortablement. Nous embarquons seulement un petit sac plastique avec pique-nique, bouteille d'eau et appareil photo avant de partir tout légers gambader dans la forêt.



Nous sortons finalement du bois pour longer une rivière sur un terrain bien pierreux, retrouvant en même temps l'extraordinaire panorama sur le Torre. Il bien difficile d'en détacher nos yeux pour regarder où nous mettons les pieds !



Une dernière petite pente à gravir dans un pierrier, et nous débouchons sur les rives de la laguna Torre.

Le paysage qui se dévoile lorsque nous arrivons au sommet du pierrier est incroyable, dominer par les flèches formées par les cerros Torre, Egger et Standhart et la punta Herron. Je vais éviter de mettre une tartine descriptive pour vous laisser apprécier les photos.



La différence géologique entre les quatre pics et les montagnes alentour qui nous interpellait déjà de loin est encore plus frappante de près : couleur, nature de la roche, relief, orientation des failles... On a vraiment l'impression qu'ils ont surgit de nulle part au milieu d'un massif complètement différent.

C'est grandiose. Nous nous posons sur un rocher au bord du lac sur lequel flottent quelques icebergs et nous enfilons un frugale repas face à l'un des panoramas de montagne les plus singuliers et formidables que nous ayons vu.

Pour la petite anecdote, la première soit-disante ascension du cerro Torre, réputée impossible pendant de nombreuses années, par l'alpiniste italien Cesare Maestri, est à l'origine d'une des plus déplorables histoires de l'alpinisme mondial, que je vous invite à découvrir ici. Croyez-moi, ça vaut le détour, et ça fait réfléchir...

Nous profitons un bon moment du coin avant de nous remettre en route en début d'après-midi, dégringolant le pierrier et repassant la forêt pour rejoindre la jonction avec le sentier des lacs, récupérer nos sacs et emprunter ce nouveau tracé à travers les bois en direction du nord.

Celui-ci se met bientôt à grimper, plutôt tranquillement mais en continu, sur le versant d'un éperon boisé. L'ascension n'est pas vraiment difficile mais dure plus d'une heure, et nous nous tapons quelques suées à travers une superbe forêt avant de retomber sur un terrain à peu près plat, achevant le passage le plus difficile de la balade. Pour vous dire à quel point elle est abordable et plutôt facile !

En chemin, nous nous arrêtons plusieurs fois pour saluer les pics et autres charmants volatiles colorés que nous croisons.



Nous retrouvons finalement un terrain plat avec une pointe de soulagement, et quittons ensuite les bois pour déboucher sur une vaste plaine...



…avant d'arriver légèrement en surplomb de la laguna Hijas. Et une fois de plus, arrêt, décrochage de mâchoire, décors sublime et tuti cuanti !



Des randos comme ça, on en fait pas tous les jours ! Le temps est toujours radieux, et il n'y a toujours pas foule : seulement 3-4 personnes font bronzette au bord du lac, et... c'est tout.

Nous nous posons nous aussi un moment dans le calme, avant de suivre le sentier qui longe la rive est du lac en direction de la laguna Madre dont il suit également le bord, traversant un terrain plat et bien dégagé qui nous permet de profiter de la vue.



Au bout du lac Mère, derrière un bras de montagne qui coupe la vue au nord-ouest, l'énorme monolithe en forme de cristal rose-orangé dressé vers le ciel du cerro Fitz Roy apparaît peu à peu...



Nous dépassons bientôt l'éperon pour nous retrouver au dessus d'une immense plaine d'herbe sèche et découvrir la chaîne du Fitz Roy dans toute sa splendeur.



Z'inquitez pas, on va en mettre d'autre de celle-ci ! Nous descendons dans la plaine puis la traversons selon un mode de progression qui montre bien le côté magnifique et très contemplatif de la marche : 10 pas, arrêt de 2 minutes la bave aux lèvres et les yeux écarquillés, 10 pas, nouvel arrêt, etc...



Je ne sais pas combien de temps nous mettons à parcourir les 8 kilomètres jusqu'à la jonction suivante, mais nous ne nous pressons pas ! Cette balade est une succession ininterrompue de paysages et de points de vue sublimes, et sa facilité appelle à l'avancée lente.



Nous rejoignons finalement le sentier de Los Tres, qui relie El Chalten à la laguna Los Tres, au pied du Fitz Roy. Vers 16h30, après une petite marche supplémentaire, nous tombons, en plein coeur des bois, sur le camping Poincenot, où nous décidons de nous arrêter pour la nuit.

Des carrés sont aménagés sur le sol de la forêt, et il y a déjà un peu de monde : une petite dizaine de tentes sont éparpillées parmi les arbres, mais l'endroit n'est pas bondé non plus, il y a plein d'espace, et nous trouvons rapidement un joli coin où monter le camp.

A une centaine de mètres du camping, en poursuivant en direction du Fitz Roy, nous découvrons un torrent au lit de pierre où nous rincer, avant de nous poser sur une souche avec un thé.

Tandis que le soleil tombe, d'autre campeurs arrivent, mais pas suffisamment pour remplir le camping, et le petit côté perdu dans les bois demeure, même si la profusion relative de tente le met à mal. Parmi les nouveau arrivants, nous avons la surprise de voir débarquer les deux autrichiens avec lesquels nous avions sympathisé à Puerto Rio Tranquilo ! D'un autre côté, rien d'étonnant : ils s'apprêtaient eux aussi à descendre vers le sud quand nous les avons rencontrés, et comme je le disais plus haut, l'axe El Chalten-El Calafate-Puerto Natales est emprunté par la quasi totalité des voyageurs qui passent dans le coin, qui en profitent tous pour faire étape sur les mêmes sites. Du gros sentier battu, mais qui fait partie de ceux qu'il est stupide de zapper dans le seul but d'éviter les foules. Vous avez eu un petit aperçu du pourquoi en suivant la journée que nous venons de vivre !

Nous papotons un peu avant de les laisser s'installer et d'explorer un peu les environs. Nous nous apercevons que les chances de voir des pumas ne doivent pas être si réduites que ça lorsque nous découvrons plusieurs panneaux détaillant les règles de conduite à adopter en cas de rencontre avec l'un de ces gros chats. Ne pas faire de gestes brusques, ne pas courir, leur laisser une voie de passage etc... Pas de quoi flipper non plus, le puma n'attaquant apparemment jamais l'homme s'il n'est pas provoqué, mais bon... Si techniquement nous serions emballés par la perspective de tomber nez à nez avec le célèbre félin, nous serions probablement pétrifiés de peur si la situation se présentait !

Nous cuisinons nos pâtes dehors pour profiter de la forêt avant de nous calfeutrer lorsque la nuit tombe et que la température fraîchit, la tête pleine des merveilles que nous avons vu aujourd'hui... En arrivant à El Chalten, nous nous disions que notre vadrouille avait pris une tournure extraordinaire et nous sentions que les choses allaient continuer dans ce sens, et la journée que nous venons de passer n'a fait que confirmer tout ça !

Nous nous levons tôt le lendemain matin, histoire de grimper jusqu'au point de vue situé au pied du Fitz Roy, au bord de la laguna de los Tres, et d'avoir le temps de rentrer à El Chalten en début d'après-midi afin de lever le pouce pour El Calafate.

Au sortir de la tente, première surprise : nous trouvons la boite de thon que nous avons mise dans nos pâtes hier à quelques mètres de la tente... Sauf que cette boite se trouvait dans un sac plastique plein de nos ordures, qu'en gros abrutis que nous sommes nous avons oublié dehors hier soir et qui n'est plus là ce matin... Un renard a dû s'infiltrer dans le camps cette nuit, et nous sommes mortifiés à l'idée que non seulement nos épluchures, mais aussi l'emballage en plastique de nos pâtes et le sac poubelle qui entourait le tout vont probablement passer les siècles suivants à pourrir l'un des milieux naturels les plus formidables de la planète. Bien sûr qu'hier nous nous sommes dis qu'il fallait bien penser à rentrer notre poubelle, surtout au vu des panneaux de recommandation sur les pumas, simplement... Nous avons oublié.

Nous ne sommes pas fiers du tout, mais heureusement, le renard devait être du genre feignant : tandis que nous rejoignons le sentier, nous tombons sur un groupe de hollandais qui ont fait la même erreur que nous et qui s'affairent à ramasser des ordures éparpillées parmi les arbres. Nous leur filons un coup de main, et retrouvons tous nos déchets. Comme quoi, on a beau porter une attention qui frise la paranoïa à ce genre de choses depuis des années, on est jamais à l'abris d'un oubli...

Notre faute envers dame nature réparée (pardon dame nature !), c'est le coeur léger que nous nous lançons fièrement à l'assaut des quelques 400 mètres de dénivelé qui mènent au lac après un bref passage en forêt.



Alors quand je dis que nous nous sommes levés tôt, ce n'est pas trop tôt non plus. Car le grand truc ici, c'est de se lever en pleine nuit pour effectuer l'ascension et aller voir les rayons du soleil levant inonder les versants orangés du massif. Ce que nous avons décider de ne pas faire, non pas par flemmardise mais pour être pénard une fois en haut, quitte à admirer des couleurs moins chatoyantes. Nous avons vaguement entendu le camps s'agiter à 4/5h du mat lorsque tout le monde s'est levé pour grimper au lac, et nous croisons pas mal de randonneurs en train de redescendre tandis que nous attaquons. Nous demandons aux lève-tôt comment était le spectacle depuis là-haut... Et tout le monde nous répond que le Fitz Roy est complètement paumé dans les nuages ! Damned... Peut-être que le ciel va se dégager pendant que nous montons ?

Comme nous l'espérions, nous sommes ensuite complètement seuls. Le sentier s'élève en zigzagant sur un terrain pierreux couvert de buissons, avant de grimper plus violemment au milieu d'un pierrier. Le Fitz Roy est caché par la pente, mais les nuages qui couvrent le ciel au dessus de nos têtes ont l'air bas et ne présagent rien de bon quand à la visibilité qui nous attend en haut...

Derrière nous, la vue sur la plaine que nous venons de quitter est impressionnante.



Après un peu moins d'une heure d'ascension assez régulière mais plutôt physique, nous arrivons en vue du sommet du versant, et comme nous le craignions... Nous trouvons les nuages en train d'enlacer le grand Fitz Roy.



Lorsque nous débouchons finalement au bord du lac complètement gelé, la montagne est totalement cachée par les nuages...



Le lac gelé, les versants enneigés,les arrêtes aiguës qui apparaissent tant bien que mal dans la brume... C'est magnifique tout ça, mais nous sommes quand même un brin dégoûtés. Parce que nous ne venons pas tous les quatre week ends en Argentine, parce que le Fitz Roy et les montagnes qui l'entourent, leurs silhouettes et leurs couleurs sont justes magnifiques et uniques au monde, parce que les aperçus que nous en avons eu de loin depuis que nous sommes arrivés en vue du massif nous ont bien fait frémir d'impatience pendant des jours à l'idée de voir tout ça de près.

Nous nous consolons sans trop de problèmes, en nous rappelant que nous avons eu un sacré bol point de vue météo jusqu'à maintenant, que la journée d'hier était juste parfaite et radieuse d'un bout à l'autre, qu'au moins nous avons pu profiter du Cerro Torre sous un ciel magnifique.

Il n'empêche, zut ! Notre sortie ne sera pas un sans faute.

Nous attendons un moment au bord du lac, mais les choses ne s'arrangent pas, au contraire : le ciel autour du massif se couvre de plus en plus, et les quelques crêtes que nous apercevions encore quelques minutes plus tôt disparaissent à leur tour dans la brume. Nous grelottons bientôt de froid, et nous nous décidons à redescendre. Parfois on dirait que le temps le fait exprès...



Haut les coeurs, gardons la pêche, la journée ne fait que commencer et il nous reste encore bien des bornes à faire et des missions à accomplir avant qu'elle ne se termine !

Nous redescendons au camping et plions le camp, avant de nous lancer dans ce qui s'annonce être en effet une bonne grosse journée bien chargée.

Déjà, nous allons terminer ce grandiose trek, en parcourant les 9 kilomètres qui nous séparent d'El Chalten, oû nous devons passer récupérer nos sacs auprès du patron du camping, avant d'aller lever le pouce à la sortie du village pour tenter de rallier El Calafate sans avoir à claquer 600 pesos dans un bus. Bon, après, de l'argent, on en a, et nous avons décidé que si le stop ne fonctionne pas, nous prendrons le dernier bus, qui décolle à 18h.

Quoi qu'il arrive, nous serons donc à El Calafate ce soir. Comme toujours, nous n'avons aucun plan sur place, nous savons juste qu'on peut y trouver un ou plusieurs campings, qu'il nous faudra localiser.

Nous n'en sommes pas encore là. Pour le moment, nous nous dirigeons vers El Chalten par le sentier de Los Tres, à travers des étendues vallonnées de steppe couvertes de buissons, de mousses, de hautes herbes et de rocailles. Le sentier est parfaitement plat, très facile à parcourir, et même sans nous presser nous avalons rapidement les kilomètres, dans un décors bien différent de celui de la veille et toujours très sympa.



Alors nous n'aurons pas croisé de puma, en revanche il faut reconnaître que la faune aviaire du parc est étonnante !



Nous passons une dizaine de minutes à papoter avec deux françaises en voyage avec leurs familles, grignotons un morceau au bord d'un lac, et continuons à gambader joyeusement jusqu'à déboucher en milieu d'après-midi sur une immense vallée au nord d'El Chalten.



Vers 15h, nous voilà de retour en vue du village, achevant cette sacrée première balade dans le parc national Los Glaciares. Balade, c'est bien le mot : nous avons été très loin de nous faire exploser les jambes, et la boucle que nous avons effectuée, grande classique de la région, est toute en simplicité, sans aucune difficulté technique ni physique, si l'on met de côté la petite heure et demi de grimpette dans les bois du premier jour et la courte ascension jusqu'à la Laguna de Los Tres de ce matin qui ont réussi péniblement à nous tirer quelques gouttes de sueur. Après ce que nous avons ramassé dans le Cerro Castillo, ces deux derniers jours ont plus tenu du flânage que de la véritable randonnée, ce qui n'était pas plus mal ! Notre itinéraire a donc pris la forme d'une promenade tranquille, reposante, qui nous a permis de profiter sans transpirer d'un décors à tomber par terre, grandiose et varié d'un bout à l'autre. Si la marche en elle-même n'a pas présenté grand intérêt, il faut la voir comme un moyen de parcourir tranquillement et sans trop suer, sur un chemin très aménagé et bien balisé, ce qui est une sorte de somptueux musée naturel à ciel ouvert, qui offre un enchaînement de paysages formidables et qui fait craquer la rétine au détour de chaque virage. Le fait que l'accès au parc ainsi que les campings qu'on y trouvent soient gratuits nous a fait plaisir, affolés que nous sommes ces derniers temps par les dépenses que nous occasionnent nos vadrouilles pourtant bien sauvages en Patagonie...

Bref, pour un trek simple, facile d'accès et visuellement extraordinaire, ne chercher pas plus loin ! En revanche, il faut admettre que le circuit est assez fréquenté. Rien d'étonnant si l'on considère ses caractéristiques ! Mais il faut quand même préciser que nous sommes hors saison, et que si nous n'avons pas croiser foule non plus, il y avait quand même un peu de monde, en particulier sur les deux tracés principaux à destination de la Laguna Torre et de la Laguna de Los Tres, et on imagine sans problème qu'en haute saison, ce doit être un autre bazar, à base de marche à la queue-leu-leu et de frayage de chemin au milieu de la foule pour apercevoir un bout du Fitz Roy.

A noter qu'il existe une multitude de randonnées au départ d'El Chalten sans doute plus intéressantes physiquement que celle que nous avons effectuée. Elles nécessitent généralement l'utilisation d'un GPS qui nous fait défaut. Louis et Anaïs par exemple se sont tirés une sacrée course dans les environs, qui leur a même permis de mettre un orteil sur le grand Campo de Hielo (à quand l'article les amis ?!).


Le géant de glace


C'est finalement plutôt frais et dispos que nous rejoignons le camping pour récupérer nos affaires avant de nous mettre en route pour El Calafate. Sur place, nous ne trouvons pas le patron, et nous enquêtons auprès des habitants pour apprendre que le bougre est adepte des petits éclusages de mousses en plein après-midi, et que nous devrions écumer les terrasses des bars du village pour le trouver...

Finalement, nous nous apprêtons à nous y mettre lorsque le gars débarque au camping, un poil éméché mais du coup tellement jovial qu'il nous emmène jusque chez lui pour nous montrer sa maison et nous remettre en main propre nos affaires.

Nous nous dirigeons ensuite vers la sortie du village, traversons le pont qui en marque l'entrée, et nous postons au bord de la route le pouce en l'air. Il est 16h, ce qui nous laisse deux heures avant de devoir nous rapatrier sur le terminal afin d'attraper le dernier bus pour El Calafate à 18h30.

Et... et rien. Seulement une ou deux voitures passent toutes les 10 minutes. Le problème d'El Chalten, c'est que c'est tout petit, et qu'il n'y a plus rien d'autre derrière que les étendues du parc national ! Du coup forcément, niveau passage, ce n'est pas ça...

Nous poireautons, suppliant des yeux les quelques véhicules qui nous passent sous le nez, mais en vain. 30 minutes, une heure, une heure et demi. Ca va que les alentours sont mignons, parce que nous serions presque contrariés... Du coup comme d'hab, on rigole, on chante, on demande aux dieux du stop ce qu'il se passe.

Quelques lignes de récit, mais deux heures qui s'écoulent dans la réalité : 18h arrive, et la mort dans l'âme, nous repassons le pont pour rejoindre le terminal qui se trouve juste à l'entrée du village, nous préparant mentalement à raquer l'équivalent de 30 satanés euros chacun pour 3 heures de bus... Nous achetons nos billets en nous sentant pousser des ailes de gros pigeons, nous disant que quand même, ces grigous d'argentins savent s'y prendre pour exploiter un filon...

Bon, ce qui est fait est fait, nous nous y étions préparé, tant financièrement que mentalement. A 18h30, nous embarquons dans le minibus qui doit nous conduire à El Calafate. Les intérieurs sentent bon le pin des landes, les sièges sont confortables, et lorsque le chauffeur nous demande où nous allons et que nous lui répondons que nous ne savons pas mais que nous cherchons un camping, il nous assure qu'il va nous déposer directement devant l'un de ceux qu'il connait en ville... C'est sympa, mais pour 1200 pesos, il aurait au moins fallut que le champagne nous soit offert à bord et qu'on nous masse les pieds pendant le voyage pour que la pilule du prix exorbitant passe sans trop faire mal !

Bref. Nous remontons le lac tandis que la nuit tombe pour rejoindre la ruta 40 avant de la suivre vers le sud.

Lorsque nous arrivons à El Calafate, il est finalement près de 22h, et la journée commence à paraître longue, épuisés que nous sommes par la marche, l'attente et les 3 heures et quelques de bus. Heureusement, comme promis, le minibus nous dépose pile devant un camping, l'Ovojero, situé à deux pas du centre-ville et à un où deux kilomètres du terminal de bus, et nous toquons à la réception pour nous enquérir des tarots avec un chouia d'appréhension... Mais ça va, le camping coûte le même prix que ce nous payions à El Chalten, 100 pesos par personne. Au final, on ronchonne on ronchonne, mais globalement les campings en Patagonie argentine nous coûtent moins cher que leurs homologues chiliens.

Le coin se présente sous la forme d'un vaste espace plein d'arbres traversé par une rivière. Nous passons un petit pont pour aller nous poser de l'autre côté, et montons laborieusement le camp avant de nous mettre en soupirant à la popote. Il est près de minuit quand nous dînons, et nous nous effondrons comme des masses sitôt nos pâtes englouties...

Nous ne pouvons même pas profiter d'une longue et réparatrice nuit de sommeil, étant donné que la journée suivante est encore du genre chargée : l'alarme sonne impitoyablement à 7h, et nous nous enfilons un café avant d'aller fureter dans le centre-ville. El Calafate est une ville moyenne de quelques 18000 habitants, le chef-lieu du département de Lago Argentino, et le siège de l'administration du parc national de Los Glaciares. La ville a connu une expansion rapide due notamment au développement du tourisme dans la région, recevant chaque année des milliers de visiteurs venant admirer la grande attraction local, le célèbre glacier Perito Moreno.

Rien de spécial à dire sur le bled en lui-même, sans grand intérêt mais pas moche non plus, plutôt calme, à la grande avenue principale remplie d'hôtels, de restaurants et de boutiques en tout genre au look de chalet de montagne. Nous passons retirer quelques sous, recharger nos stocks de vivre, avant de nous lancer dans ce pour quoi nous sommes venus ici : la visite du glacier.

Le Perito Moreno était lui aussi prévu de longue date en tant qu'étape dans notre voyage, et en nous apprêtant à finalement le découvrir, nous nous retrouvons dans le schéma habituel du site ultra célèbre. Dans le cas du Perito Moreno, le concept est poussé à l'extrême : quand on passe en Argentine, on passe voir le glacier. Nous avons demandé, nous avons cherché, mais non, à El Calafate, il n'y a pas grand-chose d'autre à faire, seul le glacier présente un véritable intérêt. En l'occurence, des intérêts !

Le glacier Perito Moreno fait partie de ces monuments naturels fameux dans le monde entier. Rien que ses proportions font frémir : un front de glace de 5 kilomètres qui se dresse au-dessus des eaux du lac Argentino à une hauteur comprise entre 40 et 70 mètres (!), une surface de 250 kilomètres carrés pour une longueur de 30 kilomètres... Alimenté par le Campo de Hielo Sul, il fait partie des derniers glaciers au monde qui ne connait pas de recul, avançant d'environ 2 mètre par jour. Sa taille reste plus ou moins constante grâce à un phénomène impressionnant : l'effondrement constant de pans entiers de glace dans les eaux du lac.

Apparemment, le rendu visuel de la chose est tout bonnement incroyable et fait partie de ceux qu'on ne trouve nul part ailleurs sur la planète, en tout cas à cette échelle.

Et pourtant, il nous est arrivé d'hésiter à nous y rendre. Parce qu'il y a un revers énorme à la médaille pourtant brillante du site : son accès et sa visite ont donné lieu à la mise en place de la plus extraordinaire exploitation éhontée de vache à lait touristique que nous ayons croisée au cours de nos pérégrinations. Pour nous rendre au Taj il y a trois ans et demi, nous avons payer l'équivalent de 15 euros, 25 fois le prix payé par les locaux. Pour visiter Angkor au Cambodge, nous avons raqué 40$ US pour un pass de trois jours. Notre virée d'une journée en bateau dans la baie d'Halong, avec kayak et repas compris, nous est revenu à environ 20$ US par personne.

Pour se rendre au Perito Moreno, situé à environ 80 kilomètres d'El Calafate, il est nécessaire de payer un aller-retour en bus facturé 600 pesos, tandis que l'entrée du site, qui se parcourt en deux ou trois heures, coûte 550 pesos. Un total de 1150 pesos par personne, ce qui représente, au moment où se déroule ce récit, quelques 57 euros. 114 euros pour nous deux !

Est-t-il nécessaire d'ajouter quoi que ce soit ? Et bien... Oui. Car plusieurs réflexions et discussions nous ont amené à réfléchir à la chose en allant au-delà de "C'est une honte môôôsieur !!!". J'y reviendrai après la visite.

Nous connaissons les implications financières d'une visite du Perito Moreno depuis un bon moment, et nous y sommes allés en toute connaissance de cause, même si j'ai exprimé des réserves sur le fait de nous y rendre jusqu'à la veille de notre départ en trek à El Chalten, et que ce matin encore je prônais en grommelant le boycott de la dictature touristique du Perito Moreno... C'est donc tout de même plus ou moins sereinement que nous nous saignons dans l'achat de nos billets de bus, avant d'embarquer en début d'après-midi à destination du glacier.

Le trajet vers le parc dure une heure et demi, durant laquelle nous traversons de belles étendues de campagne et de prairie au-delà desquelles s'élèvent les hautes montagnes de Los Glaciares. Nous longeons les rives du lac Argentino, avant de nous arrêter au poste de contrôle des rangers du parc. Tous le monde passe à la caisse pour payer l'entrée, nous repartons, et bientôt, au détour d'un virage...



Ca promet... Nous décollons nos visages de la vitre lorsque le bus s'arrête sur un véritable parking de centre commercial posé en pleine forêt, plein de cars et de mini-vans de tours opérateurs et d'agence. Et forcément, plein de gens. Ca aussi, nous nous y attendions ! Mais nous nous y attendions tellement qu'au final, nous sommes agréablement surpris : ce n'est pas non plus la cohue.

Nous passons rapidement le bloc restos-cafés-boutiques pour aller jeter un œil à la grande carte qui s'étale à l'entrée d'un petit sentier qui descend en direction des rives du lac. Le coin a l'air très bien aménagé, et comporte plusieurs itinéraires permettant de s'approcher au plus près du mur de glace et d'aller se percher en hauteur pour profiter de vues plus panoramiques. Nous commençons par descendre sur la plage qui donne sur le côté sans glacier du lac. De ce côté là, il n'y a presque personne, et nous restons un petit moment poser sur un rocher à admirer l'étendue d'eau sur lequel flottent de gros icebergs bleutés issus de l'effondrement du glacier et les sommets enneigés de la Cordillère qui se dressent à l'horizon.



Nous suivons ensuite un petit sentier qui monte le versant d'une colline. Tandis que nous atteignons le sommet, le géant de glace révèle enfin son front, extraordinaire mur de glace torturé qui surgit des eaux.



Nous constatons que les aménagement du coin vont bien au-delà du simple traçage de sentier : c'est en fait un véritable dédale de passerelles surélevées et d'escaliers qui a été construit sur le versant de la colline qui fait face au glacier et qui permet de l'observer sous tous les angles. On pourrait trouver à redire sur l'intérêt esthétique de la chose si elle n'avait pas le mérite d'éviter aux milliers de visiteurs quotidiens de creuser des tranchées à même le sol foisonnant de végétation qui s'étale en-dessous!

Petit à petit, nous nous rapprochons du mur, de plus en plus impressionnant et gigantesque, masse de glace éblouissante parcourue de failles qui brillent d'un bleu électrique surréaliste.



Nous voilà bientôt sur les passerelles, que nous arpentons en nous arrêtant sur les différentes plateformes aménagées en point de vue qui parsèment l'itinéraire. Et... Ce qui s'étale devant nous balaye sans aucun problème toutes les réserves que nous éprouvions à propos du site, notamment à cause de son prix... Voyez plutôt :



Face au géant de glace, nous oublions le ce qui nous a coûté de venir ici, et commençons même à nous dire que la pilule de 57 euros, ça valait le coup de l'avaler, tant le paysage qui s'offre à nous est tout bonnement grandiose !



Les photos, comme d'habitude, ne montrent que moyennement l'envergure du truc, mais surtout elles ne retranscrivent pas du tout l'ambiance sonore qui accompagne notre visite contemplative. En permanence, des grondements sourds émanent de la prodigieuse masse de glace torturée, ponctués de craquements dont les notes graves vous prennent aux tripes et se répercutent en échos sur les montagnes alentours. Visuellement, le glacier forme une masse statique, pourtant il suffit de fermer les yeux et d'écouter pour avoir l'impression d'assister à un effondrement de glace presque apocalyptique.

Régulièrement, les craquements se font plus secs et plus proches, tandis qu'un bloc de glace se détache du front du glacier pour tomber dans le lac, 40 mètres plus bas, dans un vacarme impressionnant.

Ébouriffant !

Même les faucons viennent admirer le spectacle!

Avant de venir, nous nous disions que nous n'allions certainement pas passer deux heures au Perito Moreno. Nous en passons finalement presque trois, revenant même parfois sur nos pas pour profiter à nouveau d'un point de vue déjà passer sous une lumière différente.

Côté fréquentation, c'est la bonne surprise : il y a du monde, mais nous sommes très loin de la foule, et à aucun moment nous ne faisons la queue ou nous retrouvons collé-serrés sur une plateforme.

Bref, un grand moment ! Nous en avons vus de beaux sites naturels, mais ce genre de découverte nous rappelle que nous sommes loin d'être blasés et qu'il reste encore beaucoup de choses sur cette planète susceptibles de nous émerveiller comme au premier jour. Très franchement, nous nous sommes dis par la suite que même si le transport et l'entrée avaient été encore plus chers, le déplacement aurait quand même valu le coup (c'est vous dire !). Une bonne solution permettant de diviser le coût par deux et que nous n'avons pas mis en application en bons flemmards que nous sommes, c'est de rallier le glacier en stop, ce qui ne doit pas trop poser de problème vu la fréquentation du site. Et puis finalement, le prix, nous le connaissions, et nous y sommes allés quand même, donc ne râlons pas ! Si l'on est pas d'accord avec une politique tarifaire, on ne vient pas, point final. A noter que nous avons eu plus tard des conversations intéressantes avec d'autres voyageurs au sujet du Perito Moreno, voyageurs qui avaient discuter avec des rangers et des responsables du parc qui leur avaient expliqué que certes, la visite du glacier coûtait un bras, mais que d'un autre côté tous les autres parcs naturels et zones de conservation d'Argentine étaient gratuits, et qu'il fallait bien financer tout ça. Un argument recevable !

Après avoir sillonné la zone en long, en large et en travers, nous nous posons au bord du lac en attendant le prochain bus, nous disant que ça y'est, un site de plus attendu de longue date qui vient de passer...



Nous rentrons à El Calafate en début de soirée, profitons de passer par le terminal de bus pour chopper nos billets à destination de Puerto Natales, et rejoignons nos quartiers. Nous bavons quelques secondes devant les énormes pièces de viande à 30 euros la portion qui rôtissent au-dessus du feu derrière la vitre du resto du camping, et retournons vite à notre tente pour nous enfiler notre plâtrée de pâtes qui nous paraissent bien fade face aux mondialement célèbres barbecues argentins...

Demain, nous allons attaquer l'achèvement d'une arlésienne. Demain, nous partons pour Puerto Natales et le Torres del Paine. Avec des à-prioris plein la tête et le gavage suprême que nous à causé la longue, crispante et finalement inutile préparation d'un des treks les plus réputés au monde, nous allons essayé de faire la part des choses et de gérer au mieux un projet rando que nous attendons depuis longtemps mais qui nous a déjà soûlé avant même de s'être concrétisé.

Notre courte semaine argentine touche déjà à sa fin... En effet, après la conclusion de cette histoire de Torres, nous remontrons d'une traite à Santiago pour y retrouver mon père, sans effectuer d'étape supplémentaire en Argentine, même si nous y serions bien restés un peu plus, alpaguer que nous avons été par ses paysages et ses bestioles. La visite de La Cueva de las Manos et ses peintures formidablement préservées nous aura permis de découvrir le plus ancien site que nous ayons visité durant ce voyage, tandis que notre tranquille rando dans les hauteurs d'El Chalten restera l'une des plus contemplatives que nous ayons faites. Quand à l'impressionnant Perito Moreno, il nous aura tellement scotché par sa grandeur et sa beauté que nous avons avalé l'énorme pilule de son prix d'accès sans aucun problème.

Il nous faut faire des choix. Le temps commence à compter, et nous devons également faire attention à nos dépenses en ne restant pas trop longtemps dans des pays où le coût de la vie et de la vadrouille sont plutôt élevés. Nous sommes habitués à cette petite frustration qui naît quand on se rend compte du nombre de choses que nous ratons. Comme nous le disons souvent, c'est aussi ça le voyage : énormément de découverte et d'émerveillement, mais également une prise de conscience quasi permanente de la quantité vertigineuse de trucs à voir sur cette sacrée planète ! Comme d'hab, nous ne pouvons pas tout faire, et de plus cette fois notre empressement à remonter à Santiago après notre sortie au Torres est motivé par une raison bien plus exaltante que les contraintes de temps ou d'argent, étant donné que notre retour dans la capitale chilienne marquera le début de trois semaine de vadrouille avec mon cher papounet !

Nos vadrouilles argentines sont donc d'ors et déjà terminées. Vous le savez tous, nous avons très peu préparé notre voyage, en nous contentant de lister grossièrement les inratables, les sites tellement incroyables que le monde entier en connait au moins les noms. Si nous avons toujours gardé une grande part de hasard dans nos pérégrinations, en programmant au fur et à mesure suivant les envies et les avis, nous avons toujours eu cette espèce de semblant d'ébauche de squelette d'itinéraire constituée par ces sites d'exception. Aujourd'hui, nous en avons passé deux de plus. Nous savourons au maximum ces découvertes tant attendues, mais elles passent toujours trop vite, et le phénomène s'accélère de plus en plus ! Le temps file, d'autant plus rapidement que nous le passons à explorer une contrée aussi formidable.

J'avais déjà évoqué l'idée dans notre article précédent, et la semaine qui vient de s'achever la confirme et la renforce : la Patagonie, que ce soit au Chili ou du côté argentin, est fantastique. Après tout ce que nous avons vu, après avoir passé une année à sillonner les somptueuses étendues néo-zélandaises, nous craignions d'être blasés, de ne plus être en mesure de trouver des espaces de nature sauvage capables de nous décrocher la mâchoire... Naïfs que nous étions...  Visiblement la Terre n'a pas fini de nous en envoyer plein la vue !

Nous voilà complètement relancés, en plein dedans, et nous avons retrouvé le rythme de la vadrouille permanente, cette impression que chaque jour dure à la fois une semaine tant il s'y passe de choses et une heure tant ces choses sont géniales et passent vite. Nous savourons chaque seconde tout en attendant avec impatience de voir ce que nous réserve la suivante. Vive les voyages !