lundi 2 mars 2015

Errances tasmaniennes, prospection dans la Huon Valley, rencontres (oui, encore) et le Fractangular festival

Bonjour à tous!

Nous voilà à Huon ville, au sud-est de cette chère Tasmanie.

Oui, j'ai bien dit nous! Le cour des événements m'a fait un merveilleux cadeau d'anniversaire : Léonore et moi nous sommes retrouvés il y a quelques jours, ayant décidé de reprendre notre Petit Tour à deux. Nous voilà donc réunis sur la route, plus abrutis de bonheur et d'amour que jamais!

Nous profitons de nos retrouvailles en attendant d'attaquer le ramassage des pommes dans la Huon Valley, qui devrait débuter dans quelques jours.

Un mois c'est passé depuis que je vous avais laissé à Hobart, et histoire de ne pas pondre un trop gros pavé en une fois, le récit de ces dernières semaines se verra publié en deux parties.

Je veux de plus consacré un article à part entière à mon expérience d'un concept méconnu : la permaculture. En effet, j'ai travaillé durant deux semaines dans une ferme organique appliquant ce qui s'avêre être un tout nouveau mode de vie, et le moins que je puisse dire c'est que cette expérience a été très enrichissante, et je souhaite la partager comme il se doit. Rendez-vous donc dans quelques jours pour un récit et des explications détaillées.

En attendant, voici en guise de première partie le resumé d'une vadrouille complètement décousue, pas très touristique pour le coup, qui m'a conduit par monts et par vaults à travers la Tasmanie de manière bien hasardeuse, et m'a balladé entre rencontres, festival, travail et plus encore, le tout accompagné de la formidable et anarchique météo propre à la région.

(désolé pour le manque de clichés, le temps trèèès pluvieux n'a pas facilité la photographie...)


Je ne sais pas où je vais...

Nous nous buvons un dernier verre à Hobart, Rémi et moi, riant de ces quelques sessions de vagabondage à deux complètement sauvages, désorganisées et imprévues que nous avons vécu ensemble. On s'est bien marré!



Le temps de la séparation, la vraie cette fois, arrive, et nous nous quittons pour une durée qui risque d'être longue...

Je rejoins la sortie d'Hobart. C'est reparti pour la recherche de travail. Car oui, si le salaire du cherry picking ainsi que les étrennes de noël généreusement envoyées par la famille (que je remercie du fond du coeur au passage!) me permettent de respirer un peu financièrement (mon premier salaire est tombé alors qu'il me restait en poche très exactement 5,70 $!), mon objectif est de passer le moins de temps possible sans travailler. C'est que les jours défilent, et il me reste 6 mois pour réunir une somme assez conséquente. Je suis bien inscrit chez un vigneron pour les vendanges en mars, mais je ne veux pas me tourner les pouces tout le mois de février en attendant.

Histoire de conserver le plus possible mes nouvelles économies, je retire la viande de mon régime alimentaire, remplaçant le bacon par des haricots, qui s'ajoute au pain, fromage, nouilles chinoises et biscuits habituels.

Mon programme est basé sur une information fragmentaire découverte en fouinant sur le net : à Huonville, dans la vallée du même nom à quelques 40km au sud d'Hobart, se trouve une entreprise de packing de saumon, la Huon Valley Sea Food, qui éventuellement recrute. Un travail d'usine, de nuit, apparemment bien ignoble et robotisant, mais qui rapporte plus de 4000$ par mois... Je veux la tenter, car personne n'a l'air d'avoir entendu parler d'un tel plan, promesse de places libres.

Je lève le pouce quelques minutes, le soir venu, à l'entrée de l'autoroute, le temps de me rendre compte de la mauvaise qualité de l'emplacement et de me faire copieusement rincer par une averse qui me fait monter pour la première fois ma nouvelle tente en catastrophe dans un parc public... Ca faisait longtemps tiens...

Au matin, un grand soleil brille, mais je ne me réjouis pas si vite. Comme je l'avais déjà dit dans mon précédent article, le temps tasmanien voit parfois defiler les quatre saisons dans la même journée. Ainsi, dans notre camping à Campania, il nous est arrivé de faire bronzette l'après midi par 30 degrés, pour enfiler les polaires le soir et nous réveiller sous 8 degrés et la pluie le lendemain matin, avant une matinée surchauffée et une fin de journée hivernale... Bref

Coup de chance, le parc donne directement sur le highway, et deux lifts plus tard, durant lesquels je repère tout plein de fermes, me voilà dans le centre de Huonville, sous la pluie bien entendu...

J'ai entendu une rumeur faisant état de la présence d'un camping gratuit dans les parages, et je part glaner quelques information auprès des autochtones avant de me mettre en route.

Bonne surprise, je tombe durant mes périgrinations sur l'usine que je cherche!

Mais la mauvaise arrive bien vite : la proprio du camping me demande 34$ par nuit. 34 DOLLARS! Je lui explique que j'ai juste une tente, pas une caravane. Même tarif. Pour info, le prix d'un lit en dortoir avec douche chaude est de 20$ en moyenne... Je m'imagine bien quelques secondes lui proposer de nettoyer les toilettes du camping pour un emplacement gratuit, ayant quatre mois de récurage des cuvettes de la Gordon Country dans les pattes, mais je me contente d'éclater de rire et de mettre les voiles.

En parlant de pattes, les miennes sont dans un sale état. Mes pieds sont toujours couvert d'ampoules, et je ne peux plus marcher plus de 10 bornes sans que mon genou gauche ne se mette à raler...

Je laisse de côté la question de mon lieu de camping pour plus tard, et rejoins le centre. L'usine, fonctionnant de nuit, est fermée à cette heure-ci, et je passe ma journée à la bibliotheque histoire de couvrir mes arrières : je note les numéros et les emplacements des fermes du coin, ainsi que tout autre destination potentiellement travailleuse des environs. Je parle aux quelques voyageur que je rencontre. Ils sont unanimes : il reste un peu de travail dans les cerises, et les pommes n'ont pas encore commencé. Fichtre!

Je mise beaucoup sur cette usine de poisson, qui me permettrait de travailler durablement, sans subir les aléas du temps et des saisons. Pour postuler, je décide d'y aller au culot complet : arriver a l'ouverture de la boite à... 2h du matin. On a rien sans rien.

Le temps d'avaler quelques nouilles, et je trouve un bout de terrain entre deux arbres en face de la Sea Food. Je suis au lit à 21h...

...Et me lève douloureusement à 1h du matin, comme prévu, pour rejoindre l'entrée de l'usine... Fermée. Raaah! J'envisage de me recoucher, mais décide finalement d'appliquer le vieil adage que nous avions avec Rémi : Tu te reposeras quand tu seras mort!

Après un brin de toilette en ville, je me met en route, à pied, pour prospecter dans les fermes à l'extérieur de la ville. J'en passe 2, où à chaque fois le discour reste le même : trop tard pour les cerises, trop tôt pour les pommes...

De retour dans le centre, après une bonne vingtaine de kilomètres de marche, je sors mes numéros et appelle toutes les exploitations d'Huonville. Même problème. Misère! Au moins mon genou a le temps de refroidir... Et le pluie de reprendre...

Je repasse à l'usine, ouverte cette fois... mais qui ne peut pas me proposer de travail cette semaine. Je laisse quand même mon numero.

En désespoir de cause, j'appelle le Harvest service, censé mettre en relation les employeurs et les candidats, qui fait preuve une fois de plus d'une inefficacité navrante : il n'y a rien. Je pense avoir fais le tour de la question ici, et décide de partir.

Les fermiers m'ont quand même donné quelques infos : il y a encore, peut être, du travail à Franklin ou à Cygnet. Deux villes proches, mais deux directions différentes.

Je choisi Cygnet, à 18 km de là. Pourquoi? Je trouve que ça sonne bien, quand à Franklin je n'ai jamais pu supporter la tortue du même nom.

J e peux paraitre un peu désinvolte, mais très honnêtement, je ne me pose plus de questions, me contentant de garder le sourire et de fouiner, chercher, frapper aux portes. J'ai bien compris qu'en Australie, si le travail pousse sur les arbres, encore faut-il se bouger pour aller le chercher. De toutes façon, j'ai tellement ramassé en deux jours de prospection qu'il va forcément me tomber autre chose que de l'eau, des blessures et des refus sur le coin du nez!

Et effectivement, je rejoins la sortie de Huon, et n'ai qu'à peine le temps de lever le pouce que déjà la première voiture qui passe s'arrête. Elle va tout droit à Cygnet, et sur le trajet je papote avec une dame fort sympathique, qui a traversé la Chine, le Tibet et le Népal. En deux bons amoureux de ce dernier pays, le courant passe!

Elle m'annonce en outre que se trouve à Cygnet un camping plein de voyageurs qui travaillent dans les fermes alentours... Vous avez une impression de déjà vu? Moi aussi. Sitôt débarqué dans ce qui s'avêre être effectivement un endroit à l'atmosphère festive semblable à ce que j'avais pu trouver à Campania, je me met au parfum, ne tardant pas à rencontrer un groupe de francais avec qui je me pose. Je fais ainsi la connaissance de Laurent, Iris, Farid, Antoine, JP, Manuella, la seule étrangère du groupe, Bertrand, et d'une pléthore d'autre joyeux lurons d'horizons divers et variés, qui se révèlent tous de très bon conseil.

La mauvaise nouvelle, c'est que le camping est payant, 8$ la nuit, et que l'homme chargé de récupérer les loyers tous les jours est apparement un physionomiste psychopathe à l'oeil de lynx lorsqu'il s'agit de repérer les nouveaux arrivés parmis la centaine de campeurs déjà présent... Une sentinelle de choc que je compte bien esquiver.

La bonne nouvelle en revanche, c'est que tous les piqueurs présents sont en fin de saison, fatigués, ne veulent plus bosser et passent leurs journées à festoyer sans interruption (pour une ambiance sur place d'ailleur assez déjantée), alors qu'il reste du travail. Un coup fil à leur patronne plus tard, me voilà embauché pour le lendemain, toujours dans la cueillette des cerises, à la ferme de Glenburn. En revanche, il n'y a que quelques jours de travail... Il faut que j'arrête de me pointer systematiquement après la guerre. J'en profite pour rappeler Raphaël et Sol, rencontrés à Campania et comme moi en quête d'un job,  pour leur proposer le plan, et nous prenons rendez-vous pour le lendemain.

En attendant, je fais le caméléon dans le cercle de personne qui ne tarde pas à se former à l'heure de l'apéro, bien décidé à ne pas payer ma nuit, si bien que lorsque le proprio passe, il ne me remarque pas... Chose qui tient de l'exploit selon mes nouveaux compagnons. La pluie se met à tomber, nous tendons une bache entre deux vans et passons la soirée à festoyer, discuter et jouer au Uno. Encore une action rondement menée, même si la météo semble partir de plus en plus en sucette.

Au matin, toujours sous la pluie (ça ne s'arrêtera donc jamais?) Raphaël et Sol me rejoignent, accompagnés de Flo, autostoppeur récupéré sur leur route, et nous mettons le cap sur le bureau de la ferme. Nous y sommes à 6h, mais le manque de communication entre la patronne et les équipes dans les champs nous fait effectuer plusieurs allers-retours avant de remplir tous les papiers nécessaire à l'embauche, de récupérer nos harnais et enfin de nous atteler à la tache 3h plus tard...

Côté boulot, les nombreux jours de pluie ont eu un effet désastreux sur les fruits, et la plupart des cerises s'avêrent daubées. Bien sur nous ne devons ramasser que les bonnes, mais ceci est rattrapé par le fait que contrairement à Campania, nous n'avons pas à les séparer, ce qui représente un gain de temps considérable.

Ainsi, la journée de picking, bien que très courte et se déroulant la plupart du temps sous la pluie, rapporte tout de même son billet de 100$. C'est toujours ça de pris... En revanche, les proprios nous annoncent que demain nous ne pouvons pas travailler s'il pleut... Bigre.

Je part avec Raf, Sol et Flo faire quelques menu courses à Huon, et m'apprête à recharger mes stocks de nouilles et de biscuits premier prix lorsque le déclic se produit : j'ai des sous. Plus que je n'en ai eu ces 9 derniers mois.

Je me suis tellement habitué à faire attention à la moindre dépense que c'en est devenu un réflexe. Mais c'est fini, j'ai de la réserve!

Lorsque je prends conscience de la chose, je décide, pour une fois, de me faire plaisir. Le camping est pourvu d'une cuisine, et je me charge de quoi préparer un bon diner.

C'est un vrai festival! Rendez-vous compte, je prend des pâtes, tout le nécessaire pour préparer un bonne bolognaise maison, des chips, de la sauce, mais aussi le meilleur café du coin, du thé, du fromage (du vrai, pas les tranches à sandwich sous plastique), du bacon, et j'en oublie.

C'est fini la vie de SDF fauché! Entre la nouvelle tente, le nouveau réchaud et le compte en banque rempli, je retrouve un niveau de confort acceptable, et ça fait plaisir de temps à autre, même si moins je possède, mieux je me porte.

Alors oui, la soirée vaut son pesant de cacahuètes, même si la nuit est bruyante. Les autres fêtent la fin du picking, et leur bringue dure jusque tard dans la nuit (ou tôt dans la matinée, au choix).

Bien sur, la journée suivante voit la pluie tomber en continu pendant près de 20h, détruisant tout espoir de travail... Au camping, l'ambiance n'est plus à la fête, la plupart des occupants payant leurs excès de la veille, et le temps étant plus que maussade.

c'est la fête...
Mes jambes commencent à picoter, je veux partir, je ne sais pas pour où mais il est temps de mettre les voiles. Les cerises sont définitivement terminées, les pommes attaquent en mars, et je n'ai toujours rien à faire en février, mais je compte bien trouver quelque chose. En revanche, le manque de motivation pour aller lever le pouce sous l'averse me retient un jour de plus. Et il faut dire ce qui est, on s'ennuie. En bon village campagnard, Cygnet ne brille pas par la profusion de ses activités...


Du coup nous glandouillons, mangeons, jouons aux cartes, et au final le temps passe, jusqu'à la surprise de la journée, qui va marquer le début d'une succession d'évènements tous plus fabuleux et improbables les uns que les autres : la nuit est tombée, nous sommes rassemblés dans la cuisine, lorsque tout à coup un ''Oliver!'' tonitruant retentit. Je lève la tête pour me retrouver face à Maurice, sorti de nul part et tout souriant! Rappelez vous, l'allemand qui faisait partie de la troupe avec qui j'avais passé le jour de l'an à Torquay il y a plus d'un mois.

La surprise est grande, et nous nous sautons dans les bras. Je fais aussi la connaissance de Laetitia, qui l'accompagne depuis quelques jours.

Nous passons une sacrée soirée, durant laquelle ils vont sournoisement me convaincre de lâcher la recherche de travail grâce a un argument imparable : un gros festival psytrance, le Fractangular, se tient dans les parages la semaine prochaine, et ils comptent sur ma présence. Laura, également présente au jour de l'an, sera de la fête, ainsi que pas mal de monde de Campania et de Cygnet.
Je lutte quelques minutes pour la forme, mais en ce qui me concerne, quand il s'agit de festoche, toute résistance est vaine, et les fourbes savent y faire : je me laisse embarquer rapidement et avec plaisir. Ils repartent dans leurs confins après m'avoir embringué, je les retrouverai là-bas dans quelques jours. Pour les économies, on verra plus tard... Comme je le disais, j'ai définitivement atteins les sommets du ici et maintenant, du lâcher prise, du laisser filer, je laisse les choses aller, je me laisse couler sereinement dans le courant des évènements, des possibilités et des opportunités, et je vois ce que cela m'apporte. Jusqu'à maintenant, que du bonheur!


Le Fractangular Gathering



Au matin, je fais des adieux rapide à la troupe de Cygnet, esquivant une dernière fois le proprio et son oeil de lynx, repasse à la ferme pour mettre une option sur la cueillette des pommes en mars et part stopper. J'ai quelques jours à tuer avant de plonger dans le Fractangular, et je compte repasser par la ferme dans laquelle j'avais travaillé à Campania pour y faire compter les 6 jours de labeur que j'y ai effectué, nécessaire à l'obtention d'un second working holliday visa. Il s'avère qu'au train où vont les choses, passer seulement un an ici ne sera peut-être pas suffisant, à mon grand désaroie, pour rassembler la somme nécessaire à la poursuite du voyage. Et ça va aller en festival au lieu de bosser, bravo...

Le stop fonctionne à merveille : je suis récupéré au bout de quelques minutes par Ross, d'une gentillesse incroyable, qui se rend à Hobart. Le spectre des 7km de marche pour quitter le centre ville pointe le bout de son nez, mais est vite balayé par mon super chauffeur, qui doit se rendre à l'autre bout de la ville et me dépose à quelques encablures du spot que nous avions mis si longtemps à rejoindre avec Rémi la dernière fois.

Une jeune fille, Hilari, m'embarque sur l'autoroute pour me droper à Richmond, où je croise mon ancienne patronne qui m'emmène à Campania. J'aurai mis moins de deux heures pour rallier mon objectif!

Je retrouve au camping pas mal des personnes avec qui j'avais passé de si bons moments la semaine dernière, et nous nous racontons les dernières nouvelles autour du feu.

Le lendemain, je ne traine pas, passe à la ferme et décolle à pied pour Sorell, la grande ville du coin, pour profiter d'internet et faire quelques provisions en vue du festival. J'y rencontre trois francaises, en route pour le nord sans plan particulier, puis part lever le pouce pour Buckland, où se tient le Fractangular dans deux jours. Je vais avoir besoin de prendre mon mal en patience d'ici là. Du moins c'est ce que je crois à cet instant...

Je n'attend pas longtemps avant d'être récuperé par... Une ambulance! Pas banal comme véhicule, c'est la première fois. Je suis d'autant plus reconnaissant que ce genre de transport officiel n'est absolument pas autorisé à embarquer qui que ce soit. Sur le chemin, les ambulanciers proposent de me poser à Triabunna, non loin de Buckland et pourvue d'un camping gratuit et de magasins. Je pourrais toujours stopper dans l'autre sens après demain pour rejoindre le lieu des festivités, 20km plus loin.

Je suis leur conseil, il me déposent près du port, et je rejoins le camping, pour y retrouver les trois francaises rencontrées plus tôt dans la journée. Il n'y a pas moyen d'être tranquille dans ce pays! Je fais plus ample connaissance avec Deborah, Clémence et Morgane, qui partent pour la Maria Island le lendemain. Je m'attendais à glandouiller seul pendant deux jours, mais non, j'ai de la compagnie, et nous passons une bonne soirée ensemble.

Triabunna
Le jour suivant, je n'ai que le temps de souhaiter un bon voyage à mes compatriotes et d'aller me balader dans les collines environnantes avant d'être rejoins par Maurice et Laura qui rentrent justement de Maria, accompagnés de deux autres francais.

Mes amis ne trainent pas, le festival attaque demain et ils partent en éclaireurs. Je reste avec les autres, Brice et Damien, qui s'y rendent demain comme moi, et à nouveau je passe une excellente soirée avec ces deux loustiques qui vont vite devenir de très bons amis.

Le jour J arrive enfin, Brice part en avance, et après avoir plié les affaires et fait quelques dernières courses, Damien et moi quittons la ville pour aller lever le pouce. Nous n'aurons même pas besoin de le faire, pour la plus incroyable des raisons : tandis que nous marchons le long de la route, une voiture de police nous croise, et j'explique à mon compagnon que j'aurai eu des courses de la part de pas mal de fonctionnaires, militaire en Croatie, ambulancier avant-hier, mais que je n'ai encore jamais eu de lift avec un agent des forces de l'ordre. Faut pas rêver non plus! Je viens à peine de finir cette phrase que la voiture de police à fait demi tour et s'arrête à côté de nous, tous gyrophares allumés. Nous nous attendons à un contrôle, mais lorsque la fenêtre du véhicule s'ouvre, la phrase que nous lance l'officier tient de la science fiction : ''You wanna lift?''

Un policier qui nous offre le trajet? Alors que nous ne levions même pas le pouce? C'est un peu gros non?

L'agent, en patrouille sur cette section de route, s'ennuie en fait à mourir, et est content d'avoir un peu de compagnie. Il peut nous droper seulement quelques kilomètres plus loin... Jusqu'à ce que nous lui expliquions que nous nous rendons au festival à Buckland, et qu'il propose de nous poser sur place! Nous éclatons de rire devant l'improbable de la situation. Etre emmené en festoche, électro qui plus est, par un agent de police, ce n'est quand même pas tous les jours...

Quelques dizaines de minutes plus tard, lorsqu'il nous pose devant l'entrée, c'est fait : je peux le dire, je suis arrivé en festival psytrance en voiture de police, déposé par un officier en service! Je ne vous raconte pas la tête des gens qui font déjà la queue lorsqu'ils nous voient débarquer... Certains s'engouffrent paniqués dans leur van, craignant probablement une perquisition surprise, les autres nous regardent avec des yeux ronds... La voiture partie, on vient nous voir, éberlué... ''Sans rire les gars, Vous vous êtes fais poser en festoche par la police!''. Nous la raconterons longtemps celle-là...

Un van nous embarque pour nous déposer sur l'air de camping, en plein milieu de la Bush où se déroulent les festivités. Nous rencontrons dans la foulée Stephany, artiste tasmanienne qui expose ses oeuvres durant le week end, et nous propose de poser nos tentes à côté de son 4x4, à l'ombre d'un arbre.

Tous les autres arrivent petit à petit, et grâce aux connaissances et aux amis de chacun, nous rassemblons un campement de taille imposante. La famille ainsi composée se réunie en attendant le début du son, le soleil brille, nous quittons nos montres et nos chaussures, et c'est reparti pour trois jours en dehors du temps et de l'espace, trois jours à l'écart du monde, sur une autre planète qui nous acceuille pour un temps, quittant la vie réelle pour plonger dans le vortex. Et c'est toujours aussi bon!

bande de hippies!


Que dire de ces trois jours? Si le Manifest au Queensland était mémorable, le Fractangular est une folie furieuse et absolument formidable, l'un des meilleurs festivals de ma vie, si ce n'est le meilleur. Sur les 72h de musique, nous en passons les trois quarts face aux deux énormes murs de son de la main stage. Il y a bien deux autres scènes, mais la trance crachée par les DJs et les enceintes de la principale est tellement fracassante que nous ne la quittons que quelques heures par jour pour engloutir un paquet de nouilles ou dormir une heure ou deux.











Bondissant au milieu des tourbillons de poussières des heures durant, la musique galopant dans une déco psychée à souhait, la vie est belle et le temps s'arrête. Seul la course du soleil et de la lune tente désespérement de nous rappeler que le terre continue de tourner.














L'état d'esprit environnant est toujours aussi peacefull, festif et amical, familial. Toujours aucun débordement, des sourires de partout, tout le monde est avec tout le monde... Si la terre pouvait fonctionner comme ça de partout et tous les jours...





Enfin voilà, un son qui défouraille, des amis, des rencontres, la forêt, la rivière pour se laver, le beau temps... Que demander de plus?


Bon, le principe est quand même de redescendre sur Terre à un moment. Lorsque tout s'arrête lundi matin, nous sommes échoués, rétamés, épuisés. Et la petite pointe de nostalgie apparait, celle qui montre que c'était vraiment, vraiment bon. Nous remballons doucement nos affaires, et je part avec Brice après plus d'une heure d'aux revoir et d'échanges de numéros.


Je ne sais toujours pas où je... Ah si

Quel est le plan pour la suite? Et bien je suis toujours plus ou moins en perdition, indéci... Dans tous les cas, il me reste toujours près de deux semaines avant d'attaquer les pommes, et après le travail dans le cherry picking durant lequel vous n'êtes plus qu'un numéro et ces trois jours de folie, j'ai besoin de me mettre au vert, au calme dans la nature.

Mon  premier plan était d'aller me perdre dans un parc avec des réserves de nourriture, d'aller m'isoler au milieu d'une contrée sauvage et de randonner au milieu de nul part, peut être au sud ouest de l'ile. J'ai besoin de verdure. Malheureusement, la vie sans chaussures de ces derniers jours m'a laissé un souvenir cuisant : un trou d'un bon centimètre dans la voute plantaire, causé par une racine... Il faut que je me retape, et je décide de retourner me poser quelques jours pour me soigner et me reposer à Campania avant d'aller crapahuter.

Nous marchons quelques minutes avec Brice en tendant le pouce, et un couple nous embarque. Coup de bol pour moi, ils vont vers le sud et passent par Sorell, et je laisse mon ami, qui remonte vers le nord.

En ville, je recharge mes réserves de boustifaille, impatient de pouvoir me poser, abattu que je suis.

Un dernier effort pour rejoindre la sortie de la ville en trainant mes pieds meurtris et lever le pouce, et... Et bien le hasard s'en mêle une fois de plus, de manière toujours aussi incroyable. Je voulais de la verdure? De la nature? Il va me donner encore plus, comme à son habitude. Il suffit de demander!
Un camion s'arrête, j'y grimpe. C'est ainsi que je fais la connaissance de Paul.

L'entente est instantannée. Mon hôte, avec sa grande barbe et son chapeau, est rieur et très sympa, nous papotons ouvertement dès les premières minutes. Je lui explique que j'attend la saison des pommes, et que je ne sais pas trop quoi faire d'ici là. Il me regarde avec un grand sourire avant de m'annoncer qu'il monte actuellement un projet de permaculture dans la forêt à côté de Buckland, et qu'il recherche des volontaires pour compléter son équipe, organisée en communauté. C'est un woofing, il n'y a donc pas d'autre salaire que le gite et le couvert. Quand à la permaculture, je sais vaguement qu'il s'agit d'une méthode d'agriculture biologique, sans me douter encore que le concept recouvre bien d'autres aspects.

Il y a seulement quelques heures, je parlais de me mettre au vert, et me voilà servi! Sans rire, des fois je me demande si ce n'est pas fait exprès... Inutile de dire que je suis plus qu'emballé par la perspective de vivre au milieu de nul part avec une communauté venue des quatres coins du monde en travaillant dans une ferme biologique, le tout sans dépenser d'argent. C'est en plus pour moi et mon ame d'écologiste l'occasion d'en apprendre plus sur la permaculture. Je ne met pas longtemps a me decider. Je me reposerai une autre fois, J'accepte le poste avec plaisir, nous prenons rendez-vous pour le lendemain et je rejoins Campania pour un après midi de nettoyage post-festival, avant de me poser sereinement, ravi d'avoir trouvé en quelques heures une occupation à la mesure de mes attentes, partie pour être une nouvelle et superbe expérience.

Pour couronner le tout, un autre événement va illuminer encore plus, si c'était possible, ma soirée. Nous décidons avec Léonore de nous retrouver et de reprendre notre Petit Tour à deux. Le fait de voyager séparément pendant deux mois nous aura appris bien des choses, mais il aura surtout confirmé que nous ne pouvons nous passer l'un de l'autre. La perspective de retrouver ma Léonore ne me rend pas heureux, c'est beaucoup plus que ça. Je flotte béatement sur un nuage de bonheur, et me couche comblé, un sourire benêt aux lèvres. Punaise que la vie est belle!

Au prochain épisode, la permaculture!

mardi 27 janvier 2015

Hobart, le rêve de la Maria Island, des rencontres, du travail... La Tasmanie, ou l'Australie en mieux

Salut tout le monde! Me voilà à Hobart, en Tasmanie, que j'ai rejoins après une longue vadrouille des environs, qui s'est avérée particulierement riche en... Et bien en à peu près tout.

Après un diner et une nuit formidable chez la famille de rêve qui m'a accueillit à Melbourne, j'ai décollé pour la Tasmanie et Hobart où m'attendait Rémi. Ensemble, nous avons rejoint en stop Richmond puis l'ile Maria.

Le parc national de la Maria Island est devenu, durant les trois jours que nous y avons passé, la plus belle chose que j'ai vu en Australie jusqu'à présent. Calme, aux paysages magnifiques, mais surtout à la vie sauvage abondante et omniprésente. C'est ainsi que nous avons pu y observer des centaines de marsupiaux en tout genre, mais aussi les fameux diables de Tasmanie, et même des orques!

Nos route se sont ensuite separées de nouveau, et je suis parti à la recherche d'un boulot. Il était temps, je n'avais plus en poche que quelques dollars. 

D'ailleur, je ne l'avais pas dit dans mon dernier article, mais j'ai atteint ces dernières semaines un stade de dépouillement assez extrême : j'ai quitté la Gordon Country sans réchaud ni matériel de cuisine, sans ustensiles autres que des couteaux, ma tente, qui tenait avec des bouts de tuyaux et du scotch, je n'avais presque plus d'équipement ormis mon duvet, quelques vêtements et pansements, mon ordinateur et l'appareil photo. Et le plus étrange, c'est que plus j'ai abandonné mon confort, plus je me suis senti bien! J'ai l'impression que voyager nu me comblerait...

Je suis donc reparti en quête de travail dans les environs, désirant stopper au hasard et faire du porte à porte dans les fermes.

J'ai ainsi rejoins le village de Campania, pour y découvrir un camping gratuit rempli de voyageurs travaillant dans le coin. L'ambiance que j'y est trouvé était formidable, tout comme les gens que j'ai rencontré là-bas, et le travail est arrivé sous peu!

Je commence vraiment à me dire que je vais réussir à m'en tirer et à me faire des sous! En attendant, récit d'une semaine riche en découverte, dans une Tasmanie que je préfère à sa grande soeur mais qui n'améliore pas mon opinion du pays...


Hobart, Richmond, Triabunna : deux lyonnais sauvages en vadrouille



Je vous avais laissé à Melbourne, dans la maison du couple Lidell et de leur 6 enfants qui m'ont invité pour la nuit.

La soirée en famille est formidable, Nikki nous cuisine des tacos, et le diner est un joyeux bazar plein de rire et de discussion. J'entend à nouveau que la Tasmanie est belle-magnifique-génial-pleine de boulot etc... Je commence à saisir le concept, et l'impatience d'y arriver en est d'autant plus grande! Je ne tarde pas néanmoins à rejoindre la chambre qu'ils m'ont preparé, toujours subjugué par la gentillesse de ces gens.

Mon alarme sonne à 4h. Le temps d'un café, et me voilà tout enfariné dans le camion avec Steve. Il me dépose à l'aéroport, et je remercie mille fois le père de la plus belle famille qu'il m'ai été donné de rencontrer. Pour les parents Lidlle et leur 6 adorables enfants, mille mercis, et à bientôt! 

Malgré le souvenir impérissable qu'ils m'ont laissé, je n'ai pas le temps de tergiverser, la Tasmanie et Rémi m'attendent! 

Avec toute leurs histoires à propos de la fameuse ile, ces filous d'australiens ont réussi à titiller ma curiosité (''titiller'' tient de l'euphémisme), et les formalités ainsi que l'attente du décollage sont interminables. Je profite de l'heure de vol pour somnoler, puis contempler le lever du soleil sur les montagnes tasmaniennes. Des montagnes! Des vraies, hautes, au relief escarpé, ça faisait longtemps! Non parce que c'est sympa l'australie, mais un chouia trop plat pour moi...

L'aéroport d'Hobart se trouve à une vingtaine de kilomètres de la ville en elle-même, et après un brin de toilette je pars lever le pouce. Et comme si la Tassie voulait me souhaiter la bienvenue de la plus belle manière qui soit, le stop est plus que prolifique! En moins d'une minute, je suis embarqué pour quelques bornes. Largué en pleine autoroute, je crains un peu pour la suite, mais non, j'ai à peine le temps de lever la main que déjà un sympathique paysans m'attrape pour me deposer à deux minutes du centre ville! 

Autre bonne surprise, Hobart fait moins artificielle et carrée que les autres grandes villes que j'ai traversé en Australie. Ici, point de blocs de bâtiments copiés les un sur les autres, tous de la même taille. L'impression de ville construite sur mesure disparait, et je retrouve la sensation d'être dans une agglomération dont le développement s'est fait petit à petit sans suivre de schéma particulier. Cela ne semble rien comme ça, mais après Melbourne, Brisbane et leurs rues tracées à la règle, ça fait plaisir!


Rémi me rejoint dans le centre, et nous planifions la suite. Il dispose de quelques jours avant de se lancer dans l'Overland Track, l'un des plus beau treck d'Australie (dont l'interêt est par ailleur gaché par le prix du permit, 200 $ en été... Je compte bien le faire, mais en hiver, durant lequel l'accès est gratuit). Un plan sort rapidement de nos réflexions...

En effet, le Rémi a entendu parler, durant sa traversée en ferry de Melbourne à Hobart, du parc national de Maria Island, classé au patrimoine mondial, à 90km au nord de Hobart, pas cher et apparement fabuleux. Apparament, au cour de l'année 2012 a debuté dans ce parc un programme de sauvegarde du fameux diable de Tasmanie, avec l'insertion de 12 spécimens. En 2013, 13 nouveaux individus ont été relaché sur l'ile, et en un an la population de diables de Maria Island a depassé les 80 spécimens, sans porter préjudice aux autres espèces présente sur l'ile, faisant du parc le coin par excellence pour espérer observer la fameuse bestiole. Qu'il en soit ainsi, nous allons voir des diables de Tasmanie sur Maria Island! Nous devons pour cela rejoindre Tryabunna, petit village au nord, pour y attraper le bateau qui conduit à l'ile. Il est temps de faire chauffer les pouces...

La sortie d'Hobart et la recherche d'un endroit où stopper nous font suer un moment, et nous marchons près de 10km avant de trouver un bon spot en début d'après midi. Un problème survient, qui ne me lachera pas durant tout notre séjour : mon pied droit me lance, je ne sais pas si cela est du à mes chaussures à 10$, au fait d'avoir rattaqué la marche trop violement, ou les deux... Mais ça fait mal... Ca plus une ampoule infectée, ça commence à faire beaucoup pour un seul pied...  Ci-contre, le Tasmanian Bridge.

Le stop, même si nous sommes 2 chevelus barbus et ébouriffés, s'avère toujours aussi efficace. Nous n'attendons pas longtemps entre chaque lift, mais malheureusement les courses sont courtes, et nous prenons notre temps... Nous nous retrouvons à 16h30, heure de départ du dernier ferry, à Sorrel, à une quarantaine de kilomètres de Tryabunna, et le stop marche beaucoup moins bien...

Après plus d'une heure le pouce en l'air, une voiture occupée par 3 francaises s'arrête enfin, mais elle vont seulement à Richmond, à 13km de là. L'esprit occupé par notre destination, nous refusons le lift, avant de nous rendre compte de notre erreur : le dernier ferry pour l'ile est déjà parti, et nous venons de rater une opportunité de rencontre... La voiture suivante va aussi à Richmond, et nous embarquons à la recherche de nos trois francaises, savourant la vadrouille hasardeuse. Nous ne les retrouverons pas, mais Richmond s'avère calme, jolie et parfaite pour passer la nuit.

le pont de Richmond, 1853



Nous dégotons un parc avec barbec à disposition et passons une bonne soirée avant de dormir à la belle étoile au bord de la rivière qui traverse le village.


La Maria Island : un rêve sauvage


Au matin, nous rejoignons la sortie du bled sous la pluie. Quelques voitures plus tard, nous voilà droper à Triabunna, devant l'embarcadère. Le temps se dégrade, la pluie tombe de plus en plus, et nous trouvons un abris pour patienter jusqu'à l'heure du départ, nous faisons quelques courses, l'ile étant dépourvue de magasins, puis nous embarquons. Nous n'avons rien reservé, rien prévu, la surprise s'annonce complète. Le tarif du trip, comparé aux standarts australiens, est ridicule : 35 $ pour le ferry et l'accès au parc, sans limite de durée!

Arrivés sur l'ile, la claque visuelle est grande, l'endroit est magnifique. Nous avons un peu l'impression d'attérir dans Jurassic Park, le milieu de l'ile est occupé par une montagne couverte de forêts, les plages de sable blanc donnent sur une eau limpide et turquoise, le calme régne... Un vrai petit paradis. 



Nous rejoignons l'espace de camping, accompagnés par des espèces d'oies au bec jaune fluo, posons le barda et partons nous balader, à l'affut du moindre diable de Tasmanie. 


Le premier animal à fourrure que nous verrons rejoint instantanément mon panthéon des bestioles les plus classieuses du monde, avec le possum, le pinguouin et le dragon à deux têtes du chaos : le wonbat. Pas besoin de description, voyez plutôt les clichés :




Ils sont fabuleux. Des boules de poils toutes pataudes qui se dandinent en essayant de courir, qui appliquent la tactique de l'autruche pour se planquer dans les hautes herbes en croyant être invisibles... L'archétype de l'animal inoffensif et adorable. Ils sont une dizaine, à brouter tout autour de nous, sans que notre présence ne semble les affecter le moins du monde...

Et au fil des heures, nous prenons conscience de la magie de l'endroit dans lequel nous venons d'attérir. En un après midi, la Maria Island devient la plus belle chose que j'ai vu en Australie. La flore est merveilleuse...


...mais c'est la faune qui est véritablement incroyable : la vie sauvage s'étale véritablement tout autour de nous, les marsupiaux ne se comptent plus par dizaines mais par centaines, de 3 ou 4 espèces différentes. L'endroit est tellement protégé que les bestioles sont partout. Kangourous, wonbats, oppossums, wallabies, echidnas, nous ne faisons pas trois mètres sans nous arrêter, tant il y a d'animaux au mètre carré, tant le décors est contemplatif. Ici c'est un groupe d'une dizaine de kangourous qui nous attend derrière un fourré, là ce sont des familles entières de wallabies qui détalent en esquivant les wonbats, que nous suivons en slalomant entre les fourmilliers. C'est hallucinant, je n'ai jamais vu ça. Et nous sommes seulement à 200m du camping! 

La famille kangourou



echidna (fourmilier)



Le soir venu, nous nous posons en lisière de forêt, en silence, pour voir tout ce beau monde bondir de partout. Et... Une petite silhouette sombre passe en trombe devant nous. Nous la traquons, mais il fait trop noir... Nous questionnerons quelques personnes par la suite, d'après la taille il pouvait s'agir d'un oppossum, mais la façon de courir, pattes droites puis pattes gauches, est typique et sans appel : c'était un jeune diable de Tasmanie! Nous espérons quand même en voir un de jour. Quoi qu'il arrive, définitivement, cette ile est formidable!

Lorsque nous rejoignons nos tentes, nous ne trouvons pas le sommeil, pressés que nous sommes de nous enfoncer au coeur de ce joyaux naturel. On en fait de ces choses!

Au réveil, nous reconsidérons notre séjour ici. Nous avions prévu de rester trois jours, mais nous envisageons une durée plus longue. Malheureusement, nous sommes arrivés tellement à l'arrache que nous n'avons pas assez de nourriture. Quelques boites de haricots, des nouilles et des biscuits... Si nous avions su...

Du coup, il va falloir être efficace! Au matin, nous partons pour un autre campement au milieu de l'ile, à 11km, par un itineraire côtier. Le beau temps n'est malheureusement pas de la partie, mais nous sommes au sec. Sur le chemin, que je dois parcourir en tong à cause des ampoules et magnifique au demeurant, il n'est pas rare d'avoir sous les yeux, entre les marsupiaux et les oiseaux, six ou sept espèces animales différentes en même temps.





Un Rémi sauvage, une espèce rare!
En revanche, les wallabies pullulent


Et le rêve continue, si c'était possible, en passant au niveau supérieur : Nous longeons la côte, je me pose au bord de l'eau pour prendre quelques photos, lorsqu'un bruit de soufflet me fait tourner la tête. Je me redresse pour me retrouver face à un orque énorme qui fait surface pour respirer à moins de 20 mètres de moi. Je reste comme un abruti la bouche ouverte, pour en voir deux autres qui suivent, longeant la côte à porté de nage... Vous devrez vous contenter d'un aileron en image. Désolé, mais quand un spectacle pareil se déroule devant soi, on prend des photos avec les yeux, pas avec un appareil.

pour info, je n'utilise pas de zoom sur celle-ci!


Nous marchons toute la matinée, toujours dans un cadre naturel exceptionnel.



Malheureusement toujours pas le moindre diable... Nous posons le camps à la french farm, bâtiment du début du 20ème siècle. Il faut savoir que ce sont des explorateurs francais qui ont occupé et cartographié la Tasmanie en premier, avant de céder devant la couronne britannique. Le camp posé, nous partons vadrouiller le sud de l'ile.


un piège à diables de Tasmanie

Un bon après midi de marche, durant lequel nous admirons de belles plages, survolées par des escadrons de cacatoes noirs et des hérons, tandis que les raies croisent sous la surface de l'eau.





Le soir venu, nous partons explorer les plaines autour de notre campement. A nouveau, c'est un festival de marsupiaux qui s'ébattent dans un décors extraordinaire. Le mot qui revient le plus souvent pendant que nous sommes assis au milieu des bestioles est probablement ''dingue''...

Nous croisons maman wombat et son petit :














Déjà que les adultes sont trognons, alors les petits...

Les wombats se partagent le territoire avec les autres marsupiaux. Nous en avons quelques quatre espèces devant les yeux!












Nous faisons bien les piquets quelques instants, espérant voir des diables, mais la fatigue prend le dessus (nous avons quand même marché sur de près de 25km aujourd'hui) et nous allons nous coucher, après avoir terminé nos dernières réserves de nourriture cuisinable. Jusqu'à après demain midi, jour de notre retour à la civilisation, ce sera nouilles chinoises...

Le jour suivant, toujours sous la grisaille mais pratiquement au sec, nous repartons en direction de notre premier campement, par l'intérieur des terres cette fois. Si nous voyons moins d'animaux, la forêt est merveilleuse.


4h de marche plus tard, nous voilà de retour au nord de l'ile. Mon pied droit ne repond plus et n'est qu'une plaie gonflée, mon genou gauche me lance, nous décidons de nous arrêter pour aujourd'hui. Glandouille, douche, montage de tente... 

... Et ce faisant, un bruit me fait dresser la tête. Pensant voir un énième wallaby, je pose en fait les yeux sur... Un diable de Tasmanie, qui marche tranquillement juste devant moi! Je me fige, ne bouge plus, mais le vent tourne, la bête me sent et disparait dans les buissons. Je ne l'aurais observé que quelques secondes, mais c'est fait : j'ai vu un diable de Tasmanie au grand jour, juste à côté de moi! Mission accomplie!

Nous profitons d'une dernière séance shooting avec les adorable et minuscules Tasmanian Pademelon, sorte de mini-kangourous, qui cavalent entre les tentes, avant de savourer le calme ambiant et de nous endormir en nous promettant de revenir sur l'ile un beau jour. Comme dit l'autre, Ave Maria!

...et titou!
maman...


Le soleil levé, nous ne voulons pas partir. Mais il faut bien bouger, nous n'avons absolument plus rien à manger, même pas de quoi se faire un pti dèj... Nous préparons notre dernier café, qui ressemble plus à un thé tant il est clair, puis embarquons, admirant d'un oeil nostalgique, depuis le ferry, la Maria island qui s'éloigne... Vraiment, si un jour vos pas vous mènent en Tasmanie, la Maria est définitivement le coin à ne pas rater!

l'effet café, c'est tout dans la tête!


Nous rejoignons Richmond et notre rivière en stop. Le lendemain, nos route se separent de nouveau, et c'est seul que je part à la recherche d'un job. Il est temps, je n'ai plus en poche que quelques dollars.


Campania : travail et rencontres

Je suis donc à Richmond, en train de charger l'ordinateur dans un café, quand un homme vient me voir. Ayant vu le PC, il me demande si je ne cherche pas du travail, avant de m'annoncer qu'à quelques kilometres de là, à Campania, se trouve un camping gratuit plein de voyageurs qui travaillent dans les fermes alentours. Je me demande à nouveau pourquoi je m'embète à chercher, à me poser des questions, à douter. Il se passe toujours quelque chose! Je lève le pouce pour le bled, sans trop savoir ce qu'y m'y attend...

J'arrive dans l'après midi à Campania, pour découvrir en fait sur le camping un véritable lieu de rassemblement, une véritable communauté pleine de vadrouilleurs, pleine de francais, avec un petit côté camping de festival bien actif. Les rencontres se succèdent, les gens sont fabuleux, et j'accumule les adresses et les numéros. Trouver quelque chose tient de l'urgence, il me reste moins de 80$...

Je me rend dès le lendemain à une ferme proche où bon nombre des campeurs travaillent. L'exploitation, Kirkwood (aussi appelée Rednight), est énorme et se trouve à 3 kilomètres de Campania. On y cultive les cerises, les pommes, les abricots, entre autres. La saison des cerises y commence début décembre, heureusement la ferme est tellement énorme que même si j'arrive un peu (très) tard, il reste des places, mais plus de harnais, indispensables pour accrocher les caisses destinée à recevoir les cerises... Qu'à cela ne tienne, je fais dans la foulée la rencontre de Damien et Justine, qui en ont un en rab!

Je retrouve également les trois francaises que nous avions croisé sur le route de Triabunna, qui font route en Tassie avec deux de leurs amis. Bref la compagnie ne manque pas, tout comme les histoires de voyage, les échanges, le partage! 

Nous passerons la journée ensemble, et ils deviennent rapidement de bons amis. Damien n'a voyagé qu'en Australie, et tout comme moi il n'attend qu'une chose : faire des sous et quitter le pays pour parcourir le monde, probablement à vélo. Lui aussi a du mal avec une Australie pas tellement dépaysante, raisonnement d'autant plus admirable qu'il n'a pas encore gouté aux merveilles des autres continents! Justine, journaliste, veut quand à elle visiter l'Asie.

Et le lendemain, c'est fait, me voilà au travail dans les cerisers! Yaaa! Le timing est impeccable, le taf n'est pas éreintant, motivant, et on prend vite le coup de main.

Alors, comment ça se passe le cherry picking? On arrive le matin dans le verger avec son harnais, sur lequel on accroche une caisse, la fameuse lug, pouvant contenir entre 8 et 10 kilos de cerises. Une fois la lug remplie, on la vide dans de grandes bins tandis que les superviseurs l'ajoutent à notre total de la journée.

Je suis soulagé, heureux, reconaissant. J'ai réussi! Je commence à me dire que je vais le faire, je vais y arriver à me remplir pour finir le Petit Tour! Comme toujours, anything is possible.

Enfin... ''Réussi'' est un grand mot... Comme je le disais plus haut, j'arrive un peu après la guerre, et la saison se termine une semaine plus tard... Mais le résultat est là : le premier jour, étant payé au rendement, je fais près de 150$ sur 8h de travail. A la fin de la semaine, sur 6 jours de travail, et avec les progrès que je fais dans le picking, c'est plus de 700$ qui tombent dans le compte en banque! J'ai des adresses de fermes d'horticultures, de vignes, la saison des abricots commence juste après la fin de celle des cerises, suivie par les pommes et les raisins. A dire vrai, je désirerais rester dans les parages, ne payant pas d'accomodation, uniquement ma nourriture, grâce au camping gratuit.

Un petit mot quand même sur le fruit picking : 150$ (environ 130 euros) par jour parait être un sacré salaire? Absolument pas. Nous sommes donc payé à la caisse, je débute, et je n'en remplis qu'une quinzaine par jours au début, une vingtaine à la fin, mais les pickers chevronnés parviennent à en ramener 30 voir 40 sur la même durée, se faisant des journées à 200 ou 300$... 

C'est ça qui est motivant pour travailler vite et le plus possible, apprendre et se tuer à la tâche : il est possible de faire vraiment, vraiment beaucoup d'argent. Ca plus le fait que faire plus de caisses devient vite un défi personel!

Enfin voilà, c'est fait. J'ai renfloué mes caisses, j'ai des opportunités de travail pour la suite, et la compagnie est merveilleuse. Les soirée passées au camping sont mémorables, tout comme les rencontres! Un week end, nous partons tous pour un festival psytrance au nord de l'ile. Quant à la soirée de fin de picking, c'était un grand moment...

Bref, une semaine extraordinaire qui se termine malheureusement bien vite...

Je reste quelques temps après la fin de la cueillette, nostalgique, pour voir le campsite se vider peu à peu. Et voilà un de ces moments les plus difficiles, pour moi, de l'errance et du déplacement continu. On parle toujours des rencontres, c'est génial, mais n'oublions pas que rencontrer va de paire avec quitter, que plus il y a de rencontres, plus il y a de séparations, et à chaque fois c'est difficile. J'ai rencontré certains voyageurs qui m'affirmaient qu'à force de rencontrer et de quitter des personnes, ils en étaient devenus incapable de s'attacher à qui que ce soit. Je pense que j'arrêterai de voyager le jour où j'éprouverai pareille sensation. 

En attendant, même s'il s'agit d'une composante indissociable du voyage, je n'aime pas dire au-revoir. Joanna, Damien, Justine, Mélissa, Tom, Romain, Blay, Kirra, voilà des personnes que je n'oublierai pas, que j'espère bien revoir au hasard de la route. Quand à ceux que j'oublie ici, ils pourrons toujours me retrouver pour m'en coller une!

Il en est de même pour Raphael et Sol, 2 français qui arrivent dans la foulée partager mes dernières soirées. Jamais seul que je disais!

Rémi, ce grand fou, effectue également un débarquement éclaire, en stop depuis Launceston, pour une soirée bien barrée entre lyonnais, avant de repartir pour Hobart.

L'heure du départ arrive pour moi aussi, et est marquée par une nouvelle séparation difficile : j'abandonne ma tente, Remi ayant proposé de me passer la sienne. Elle tenait debout sans que je sache comment, les arceaux éclataient les uns après les autres, et la toile n'était plus que trous et déchirure qui m'ont fait passer plusieur nuit les pieds dans l'eau, à souffrir l'imprévisible et incroyablement changeant climat tasmanien. Elle m'aura plus que bien servi, et je demande une minute de silence en l'honneur de cette chère T2, ma maison, qui aura quand même traversé la Norvège il y a 3 ans, l'Europe, qui aura fait le tour de l'Annapurna, et plusieur millier de kilomêtres en Australie. Pour elle, merci, et snif...

Je rejoins Rémi à Hobart en levant le pouce, et grâce à lui me voilà refait de matos : une nouvelle tente, mais aussi un réchaud. Si l'on ajoute le tapis de sol dont on m'a fait cadeau à Campania, me voila bien remis sur pied!

Je m'apprète à présent à quitter Hobart, direction le sud.

La Tasmanie me plait donc beaucoup plus que l'ile principale. La parcourir quelques jours avec Rémi, en deux bon gros galériens sauvages, a donné lieu à des moments d'anthologie, surtout dans le cadre de la merveilleuse Maria Island! 

Arrivé à Campania, j'ai trouvé des personnes qui m'ont bien aidé sans que je ne demande rien, et je n'ai même pas eu à prospecter pour trouver un travail. Grâce à eux, ce fut fait, au moment où mes économies arrivaient à leur terme : du boulot! Les quitter après les moments formidables que nous avions passé n'a pas été évident, mais ça fait partie du voyage, et j'espère bien les recroiser un jour. 

La suite de mon programme est simple : Je ne vais me concentrer que sur le travail et sur le départ pour le prochan pays du Petit Tour : le Vietnam. Je sais qu'il y a beaucoup à voir en Australie, que j'avais envisagé de me garder au moins un mois pour visiter les Northern Territory ou autre chose... Mais non. Je vais travailler, encore et encore, pour mettre le plus d'argent possible de côté. Heureusement que les gens ici sont adorables, parce que je ne me sentirais vraiment pas bien sans eux. Il n'y a rien à faire, je ne me sens pas du tout à l'aise avec ce pays, même si la Tasmanie est, je trouve, bien mieux que l'ile principale...

Durant nos discussions et mes réflexions à Campania, je pense avoir saisi plus précisément ce qui m'embête. Je trouve que l'Australie est une destination de voyage sac-à-dos par défaut, complètement universelle. Je ne veux pas faire de l'anticonformisme de base, mais ça m'agace... Tout le monde y est allé, tout le monde y va, tout le monde y vadrouille, comme dans une espèce de parc d'attraction du back packer. C'est la notion de voyage routard aseptisé, artificiel qui domine, anéhantissant toute spontanéité, toute originalité. Le pays fait vraiment destination pour baroudeurs du dimanche, et est désespérant de prévisibilité. Du coup oui, j'en suis arrivé à le considérer uniquement comme une source d'argent facile. 

Qu'en est-il des merveilles naturelles et sauvages qui m'ont, je dois bien l'admettre, éclaté les rétines à de nombreuses reprises? Et bien ca ne fait pas tout, et je m'appercois que ce n'est peut être pas ce que je préfère.

En effet, c'est un autre point qui me dérange dans ce pays, au delà de l'aspect carré-réglementé-fade-propret, au dela de la surconsommation et du gaspillage galopant. Ce qui m'attire dans le voyage, c'est la nouveauté perpétuelle. Et pour que cette nouveauté soit pleinement jouissive, elle doit être complète, et s'ancrer dans la découverte de nouveaux paysages, de nouveaux environnements, de nouvelles ville, de nouveau animaux, de nouvelles personnes et surtout... De nouvelles cultures. Malheureusement, il manque ce dernier point, si important (le plus important même) pour le dépaysement total, en Australie, dont les influences culturelles sont, tout le monde sera d'accord, fondamentalement occidentales. De plus, le pays dans sa forme actuelle est très jeune. Après avoir avancé dans des pays de plus en plus différents de la france à tout niveaux, je pense que l'impression de fade que j'éprouve depuis que je suis arrivé vient aussi de là.

C'est dit, je l'ai admis, j'ai mis du temps à décortiquer le problème, et mes idées sur la suite sont confirmées : travail, pognon, partir!